Auschwitz-Birkenau


Auschwitz-Birkenau est connu dans l’histoire de la Seconde Guerre mondiale et dans le monde entier comme le symbole de la volonté d’extermination par les nazis des Juifs d’Europe, camouflée sous le nom de « solution finale du problème juif en Europe  » aboutissant au meurtre de plus de 5,1 millions d’êtres humainsLire notamment Georges Bensoussan, Auschwitz en héritage ?, éditions Mille et une nuits, Paris, 1998

Cette fonction criminelle lui est dévolue, pendant l’été ou l’automne 1941, par les maîtres du IIIème Reich, un an et demi après sa création comme camp de concentration. En 1942, dans un espace isolé du camp de Birkenau, alors annexe du camp de base (Stammlager appelé aussi camp principal), commence l’installation de chambres àgaz où seront assassinés près de 900000 hommes, femmes, enfants, nourrissons, amenés, le plus souvent, par familles entières.
Ainsi, entre mars 1942 et aoà»t 1944, près de 73700 personnes parties de France ont été acheminées vers Auschwitz-Birkenau dans des wagons àbestiaux parce que juifs ou considérées comme tels par les nazis. Seuls 3% d’entre eux survivront àleur déportation.[2]

La présence d’une notice sur le « KL Auschwitz  » - puisque telle est sa dénomination officielle - dans le Livre-Mémorial qui ne recense pas les Juifs de France arrêtés par mesure de persécution et déportés vers Auschwitz et dont les noms ont été déjàpubliés par Serge Klarsfeld, s’explique par la destination àfin d’extermination de nombreux résistants juifs, arrêtés par mesure de répression (mais dont le recensement complet n’a pu être réalisé par la FMD, faute de sources suffisantes).
Elle s’explique également par la déportation en famille depuis les départements du Nord et du Pas-de-Calais, via la Belgique, de 157 Tsiganes, dont le taux de rescapés - pour les déportés dans le parcours est connu - s’élève à12 %.[3]
Elle se justifie encore par l’internement àAuschwitz, pendant une durée plus ou moins longue, d’environ 4500 hommes et femmes venus de France et appartenant àla déportation de répression.[4] Ceux-ci sont partis de Compiègne par les transports du 6 juillet 1942[5] (le convoi dit des « 45000  » dont le taux de retours est de 11%), du 24 janvier 1943[6] (le convoi dit des « 31000  » au pourcentage de rescapées de 21% ) et du 27 avril 1944[7] (convoi dit des « tatoués  » - resté deux semaines àBirkenau avant de rejoindre Buchenwald - au taux de rentrés de 49 %). D’autres ont rejoint le « KL Auschwitz  » après leur transfert depuis un autre camp (comme les 863 personnes du convoi dit « des Vosgiens  », venant de Dachau le 24 novembre 1944, qui compte 24% de déportés rentrés) ou àla suite de leur arrestation en Allemagne par la Gestapo.
La majorité de ces déportés appartiennent àdes catégories très minoritaires dans le « KL Auschwitz  » et dans les déportations de France vers ce camp. La plupart d’entre eux sont immatriculés dans le camp de base et dans l’espace concentrationnaire de Birkenau. Certains portent l’étoile de David, tels les résistants juifs partis de Drancy et sélectionnés pour le travail, d’autres ont le triangle rouge des déportés politiques. Quant aux Tsiganes, ils connaissent un sort spécifique.
Pour cette raison, le texte qui suit met l’accent sur l’histoire du « KL Auschwitz  » et sur les conditions d’internement qui concernent plus particulièrement ces déportés de France.[8]

Le « KL Auschwitz  » est créé en mai 1940, comme camp de concentration, sur décision de Himmler, dans des casernes désaffectées des faubourgs d’Auschwitz (Oswiecim, pour les Polonais) une petite ville de Haute-Silésie, située à30 kilomètres au sud de Katowitz (Katowice). Il est conçu d’abord comme un des maillons essentiels du dispositif de terreur pesant sur la Pologne dont le sol est censé appartenir à« l’espace vital du peuple germanique  ». Le 14 juin 1940, un premier transport de Polonais (matricules 31 à758) arrive dans le camp de base appelé par la suite Auschwitz-I. Trente détenus allemands de droit commun destinés àleur encadrement les ont précédés, le 20 mai (matricule 1 à30).
Le 1er mars 1941, Himmler ordonne de tripler la capacité de ce camp, de construire un camp annexe pour 100000 prisonniers de guerre soviétiques sur la commune de Brzezinka, (Birkenau, le futur Auschwitz-II mis en chantier en octobre 1941 et officiellement créé en mars 1942 en tant que camp de concentration, annexe du camp de base) et de fournir 10000 détenus pour la construction puis l’emploi industriel d’une usine de produits chimiques du consortium IG-Farben. Ces derniers sont installés àMonowitz, en octobre 1942 (le futur Auschwitz-III). Himmler ordonne également d’installer une exploitation expérimentale de culture et d’élevage, conçue comme le prototype de la colonisation germanique àl’Est - basée sur l’élimination physique de la population slave - et dont la superficie allait s’étendre sur environ 40 kilomètres carrés autour de Birkenau. Au fil des ans, une quarantaine de camps annexes (appelés aussi Kommandos extérieurs) aux activités diverses - le plus souvent minière ou industrielle - et largement dispersés dans les territoires de l’Est, sont rattachés comme filiales au « KL Auschwitz  » qui, s’agrandissant sans cesse devient un formidable complexe, le plus grand et le plus peuplé de tous les camps de concentration nazis.
Durant la première période, allant de 1940 à1942, la mortalité des détenus du « KL Auschwitz  » atteint déjàle niveau le plus élevé de tous les grands KL. Ce caractère se maintiendra tout au long de l’histoire du complexe. Ces taux de mortalité correspondent àla politique nazie d’anéantissement des Polonais et des prisonniers de guerre soviétiques qui peuplent essentiellement ce camp, durant ses deux premières années d’existence. Cette très forte mortalité explique d’ailleurs la pratique du tatouage du numéro d’enregistrement, inaugurée sur la poitrine des prisonniers de guerre soviétiques en septembre 1941 et généralisée àpartir de février 1943 sur l’avant-bras gauche de tous les détenus immatriculés, juifs ou non. Ce tatouage est une autre des particularités d’Auschwitz.

L’année 1942 marque un tournant décisif dans l’histoire d’Auschwitz lorsqu’il est désigné par les hauts responsables nazis pour être l’instrument privilégié du génocide planifié des Juifs d’Europe. Le choix de ce lieu est déterminé par la proximité du nÅ“ud ferroviaire européen de Katowitz, ainsi que par l’immensité du camp de Birkenau qui favorise le camouflage d’installations destinées àassassiner des millions d’individus. Enfin, par le projet de construction de fours crématoires d’une très grande capacité, destinés initialement àbrà»ler les corps de la dizaine de milliers de prisonniers de guerre soviétiques, massacrés au cours de la construction du camp et dont les cadavres étaient jusqu’ici enfouis dans les fosses communes de Birkenau au milieu des marécages[9].
A la suite de la conférence de Wansee, tenue le 20 janvier 1942 pour informer les hauts dignitaires nazis des modalités de « la solution finale  », des convois de Juifs en provenance de Haute-Silésie et de Slovaquie, puis d’une quinzaine de pays d’Europe, convergent vers Auschwitz.
Fin mai, début juin 1942, un centre de mise àmort, composé de deux maisons paysannes transformées en chambres àgaz, est installé àBirkenau dans un espace boisé au bout du camp de concentration. Les Juifs sont « sélectionnés  » sur le quai de la gare de marchandises puis, après la mi-mai 1944, sur la rampe de débarquement de la voie ferrée qui pénètre dans le camp même. A partir de juillet 1942, la « sélection  », opérée d’un seul geste par un médecin SS, sépare les Juifs « valides  », destinés àtravailler comme main-d’Å“uvre concentrationnaire, des « inaptes au travail  » qui sont gazés et dont les corps sont brà»lés. Cette sélection est avant tout déterminée par les besoins de main-d’Å“uvre et les possibilités de remplissage du moment des camps du complexe ou des autres KL vers lesquels ils pourraient être transférés. Elle dépend en second lieu de l’âge, du sexe et de l’apparente condition physique des arrivants.
L’achèvement, entre mars et juin 1943, de quatre grands bâtiments (Krematorium), combinant des chambres àgaz - pouvant contenir jusqu’à2000 personnes - et des batteries de fours crématoires, confère au centre de mise àmort un caractère industriel. Certains jours, lors de l’extermination des Juifs hongrois en mai 1944, 20000 hommes, femmes, nourrissons et enfants sont ainsi assassinés. Pendant cette période, la capacité des fours étant insuffisante, les SS ont recours àdes fosses comme lieu de crémation et même d’extermination directe - comme pour les jeunes enfants de Hongrie qui s’y trouvent précipités, au terme de leur fuite pour tenter d’échapper au harcèlement des chiens policiers tenus en laisse par les SS.
En février 1943, l’extension aux Tsiganes de la politique d’extermination raciste entraîne la création àBirkenau d’un « camp familial des Tsiganes  ». La mortalité y est extrêmement élevée. Il est liquidé après le meurtre en chambres àgaz, dans la nuit du 1er au 2 aoà»t 1944, des 2897 femmes, enfants et vieillards encore en vie. Les hommes « aptes au travail  » ont été transférés auparavant vers d’autres KL.
Par ailleurs, des médecins SS soumettent des détenus (hommes, femmes et enfants) juifs, polonais ou tsiganes àdes expériences pseudo-médicales sur la « race  », comme celles effectuées par Mengele sur des enfants jumeaux. D’autres visent àmettre au point une méthode massive, rapide et peu coà»teuse de stérilisation des populations que les nazis destinent àl’anéantissement biologique. Notamment les Slaves (Polonais, Tchèques, Russes, etc.) occupant « l’espace vital du peuple germanique  ». La plupart de ces cobayes humains sont juifs.

L’importance et la spécificité d’Auschwitz-Birkenau dans le génocide des Juifs tiennent donc àla présence, sur le territoire de Birkenau, d’installations de mise àmort d’une ampleur exceptionnelle et àl’existence d’un espace concentrationnaire où ils sont détruits au quotidien.
En effet, si on compare Birkenau aux premiers camps d’extermination, situés en Pologne orientale, qui fonctionnent uniquement en tant que centres de mise àmort et qui eurent une existence éphémère et un objectif limité - l’élimination physique des Juifs rassemblés sur le sol de l’ancien Etat polonais - on constate qu’Auschwitz-Birkenau appartient, avec Maïdanek (dont l’échelle est plus réduite et le rôle essentiellement régional) àla seconde génération des camps d’extermination, celle des camps mixtes, qui se définissent par la greffe d’un centre de mise àmort sur un camp de concentration préexistant.
Cette entité nouvelle apparaît en 1942 avec la conjonction, dans l’espace et dans le temps, de deux phénomènes indépendants : l’entrée du génocide des Juifs dans sa phase industrielle et européenne et l’intégration des camps de concentration dans l’économie de guerre.[10] L’extermination différée des Juifs « aptes au travail  » (le tiers des arrivants en moyenne) vise àutiliser au préalable leur force de production pour les industries de guerre. L’extermination de ces hommes, de ces femmes et de ces adolescents est par conséquent différée. Ils sont immatriculés, intégrés dans l’espace concentrationnaire, et affectés dans les Kommandos de travail du complexe.
Ainsi, au « KL Auschwitz  », les deux grandes catégories de déportation (répression et persécution) se rencontrent. La coexistence de ces deux finalités se traduit par un échange de services entre le camp de concentration (aux fonctions de répression et de production) et le centre de mise àmort voué àl’extermination et géographiquement isolé du reste du camp.

Ce caractère se répercute sur le fonctionnement des camps de concentration appartenant àl’ensemble du complexe.
Les détenus du camp de base et de Birkenau, qu’ils soient juifs ou non, sont chargés de construire, d’aménager et de réparer les installations du centre de mise àmort. D’autres, principalement juifs, trient les biens pris aux déportés au moment de leur arrivée. Partout, les détenus - sauf cas très particuliers - sont mêlés indistinctement dans les Blocks et les Kommandos de travail, sans que soit tenu compte de leur nationalité ou du fait qu’ils sont juifs ou non (les deux sexes restant séparés). Par ailleurs, entre aoà»t 1942 et mai 1943, tous les détenus, juifs ou non, sont soumis àde fréquentes « sélections  » àl’intérieur du camp, àl’appel, au retour du travail ou dans l’infirmerie. Les plus faibles, jugés « inaptes au travail  », sont assassinés par une piqà»re dans le cÅ“ur ou gazés afin de libérer des places dans les Blocks pour les nouveaux arrivants, afin de les faire travailler pour les SS dans les Kommandos chargés du fonctionnement interne d’Auschwitz ou comme main-d’Å“uvre industrielle louée par les SS aux grandes entreprises allemandes comme Krupp, Thyssen ou IG-Farben.
Cependant, il ne faut pas perdre de vue, qu’àpartir de l’automne 1942, les Juifs - de plus en plus nombreux du fait de l’arrivée incessante des transports venus de presque toute l’Europe - deviennent majoritaires au sein du complexe d’Auschwitz. Leur proportion reste cependant plus faible au camp de base qui rassemble le plus de détenus non-juifs et de nationalités différentes. A Birkenau et dans les filiales du « KL Auschwitz  », les Juifs sont omniprésents sans que, pour autant, le camp des hommes et celui des femmes leur soient exclusivement réservés.

Par comparaison avec les autres détenus, le sort des Juifs immatriculés est le plus cruel. Car ils apprennent tôt ou tard que des membres de leur famille ont été gazés. Ils prennent conscience de la volonté d’extermination des nazis àleur encontre. Ils sont choisis comme cibles ou comme souffre-douleur privilégiés par les SS et les Kapos qui exercent un droit de vie et de mort quasiment absolu sur la totalité des détenus. Car ils sont victimes de l’antisémitisme, particulièrement vif chez un grand nombre de Polonais qui occupent la plupart des postes d’encadrement. Quant aux SS, ils appliquent la hiérarchie raciale qui est àla base de l’idéologie nazie dont ils se considèrent comme les serviteurs les plus « purs  » et les plus ardents.
Quand reprennent, en 1944, les « sélections  » ponctuelles des plus faibles àl’intérieur des camps du complexe d’Auschwitz- succédant àleur suspension en mai 1943 - celles-ci, bien que plus espacées, touchent désormais uniquement les Juifs, victimes en outre d’opérations de grande ampleur, comme celle d’octobre 1944.
En conséquence, la mortalité des Juifs - en dehors des victimes de l’extermination immédiate qui ne sont pas enregistrées - est plus élevée que celle des autres catégories de détenus.

Selon l’historien polonais Franciszek Piper, sur les 1,3 million de personnes dirigées sur Auschwitz, entre 1940 et 1944, au moins 1,1 million d’entre elles sont mortes dans le centre de mise àmort ou dans l’espace concentrationnaire - qu’elles y soient immatriculées ou non -. Sur ces 1,1 million de morts, un million étaient juifs. Les autres morts se répartiraient ainsi, par ordre décroissant : 70000 à75000 Polonais, 21000 Tsiganes, 15000 prisonniers de guerre soviétiques. Les 13000 restants étaient tchèques, russes, biélorusses, ukrainiens, yougoslaves, français, allemands, autrichiens ou originaires d’autres pays.[11]
Il faut rappeler également que les effectifs totaux du complexe d’Auschwitz ont connu des fluctuations importantes au cours de son histoire. Ainsi, entre janvier et aoà»t 1944, ils oscillent entre 74000 et 105000 détenus enregistrés. Le 20 janvier 1944, les 80839 détenus immatriculés se répartissent ainsi : 18437 pour Auschwitz-I, 49114 : pour Auschwitz-II (22 061 hommes et 27 053 femmes), et 13288 pour Auschwitz-III (dont 6571 pour Monowitz et le reste pour les filiales). Le 22 aoà»t 1944, ils atteignent pour l’ensemble 105168. Mais le chiffre global dépasse 135000 personnes, du fait des 30000 Juifs non immatriculés et placés en attente dans les camps de transit de Birkenau[12].

On ne peut parler d’Auschwitz sans aborder non plus la question de la solidarité pratiquée entre détenus et du rôle joué par la Résistance intérieure.[13]
Dans ce complexe où les conditions de détention sont parmi les plus dures et les plus meurtrières des camps de concentration nazis, la solidarité paraît difficilement imaginable. Pourtant - comme l’écrit Olga Wormser - « dans la proximité physique et morale la plus horrible, lorsque la privation d’un morceau de pain pouvait causer mort d’homme, lorsqu’une conversation, un rassemblement pouvaient ouvrir le chemin du crématoire, lorsque la foi religieuse était proscrite, lorsque la fidélité àdes convictions politiques était un crime, il s’est trouvé des hommes et des femmes pour organiser la solidarité, pour sauver des vies, pour s’opposer àla volonté de mort des SS et de leurs séides ; des prêtres ont donné la communion, des groupes d’hommes ont organisé la Résistance  ».[14] Cette solidarité s’exerce d’abord, au premier degré, entre amis qui se connaissaient auparavant ou par petits groupes sur la base de la nationalité, de la communauté de langue ou des convictions politiques ou religieuses. Durant l’année 1942, la période la plus meurtrière de l’espace concentrationnaire d’Auschwitz, les nouveaux venus sont plongés dans un état d’isolement, de choc, de misère physique et morale qui les livre aux lois de la jungle et éloigne la plupart d’entre eux de la solidarité qui maintient en vie certains des détenus plus anciens.
Quant àla Résistance organisée, elle est encore plus difficile àmettre en Å“uvre et ses actions, même lorsqu’elles sont collectives et tournées vers les autres internés, ne sont perçues que par une infime minorité d’entre eux. Certains ignorent même l’existence du groupe auquel appartient l’ami qui les sollicite pour leur sens de la camaraderie. « Que des organisations de résistance aient pu exister dans un camp de concentration - note Hermann Langbein - paraît au premier abord difficilement concevable. Le système mis au point par les SS devait rendre impossible jusqu’àl’idée même de résistance  ».[15] Toute infraction au règlement mettait la vie des détenus en péril. Tout rapprochement entre prisonniers, tout semblant d’organisation étaient suspects. Les résistants avaient àse méfier des indicateurs réguliers ou occasionnels des SS. Ils avaient aussi àsurmonter les antagonismes entre prisonniers de nationalités différentes, systématiquement entretenus par les SS.
Au « KL Auschwitz  », les premiers groupes de résistance apparaissent dès 1940 parmi les militaires de carrière et les membres des partis politiques polonais. La liaison avec la Résistance polonaise se fait par l’intermédiaire de civils qui travaillent dans les ateliers ou sur les chantiers d’Auschwitz, comme par exemple les contremaîtres qui retournent chez eux chaque soir, ou par le truchement de détenus dont l’évasion est minutieusement organisée. Dans aucun autre camp de concentration, la Résistance n’a eu de liens aussi étroits avec l’extérieur. Ceci, en raison de l’importance du nombre de Polonais parmi les détenus et du fait de l’implantation d’Auschwitz sur leur sol. Car les Polonais sont farouchement hostiles aux nazis qui veulent faire disparaître leur nation, qui les considèrent comme appartenant àune « race inférieure  » et les traitent comme des esclaves potentiels dont ils ont programmé àterme l’extermination. La Résistance, très présente et très active sur l’ensemble du territoire, noue des contacts avec le gouvernement polonais en exil àLondres et avec les Alliés.
A partir de 1942, des groupes de résistance naissent parmi les détenus d’autres nationalités (Autrichiens, Français, Russes, Allemands, Tchèques, Yougoslaves, etc.) dans le camp des hommes, dans celui des femmes et parmi les Juifs placés dans des Kommandos spéciaux. Le premier groupe français de solidarité et de Résistance est créé en décembre 1942 par des « 45 000  », survivants du convoi du 6 juillet 1942. Il s’intègre au Comité international, créé par des communistes autrichiens et allemands des Sudètes, pendant l’été 1942.[16] Il contacte, en février 1943, les femmes du convoi du 24 janvier 1943, et a des liens avec des résistants du groupe belge. Le Comité international fusionne, en mai 1943, avec les autres organisations de Résistance pour former le Groupe de combat d’Auschwitz (Kamfgruppe Auschwitz). Seuls les militaires polonais restent àl’écart, mais acceptent, en 1944, de coopérer.
La Résistance mène des activités clandestines du même type que celles conduites dans les autres camps de concentration : solidarité, lutte pour la survie des détenus, diffusion des nouvelles sur l’avancée du front, information de l’extérieur sur la situation du camp, organisation d’évasions, actions pour que les fonctions de responsabilité soient confiées aux détenus politiques et non plus aux prisonniers de droit commun (transfert qui se réalise dans l’année 1943 àAuschwitz-I), sabotage de la production, préparation d’une insurrection générale du camp. A Birkenau, où la Résistance est plus faible pour des raisons qui tiennent essentiellement au rôle de ce camp dans le génocide des Juifs, des groupes réussissent cependant àse constituer dans certains secteurs, comme dans le Revier (salles devant en principe faire fonction d’infirmerie).
A ces actions, s’ajoutent celles découlant de l’extermination des Juifs et des Tsiganes. Des tracts sont rédigés par le Groupe de combat pour lutter contre l’antisémitisme et le nationalisme. Préserver la vie de tant d’êtres humains menacés par une mort immédiate est fondamental. Mais, face àla machine SS, les moyens paraissent dérisoires. Toutefois la Résistance réussit àinformer les Alliés des crimes commis àAuschwitz et signale en particulier l’ampleur de l’extermination des Juifs. Elle leur transmet des plans, des rapports, des photos dérobées aux SS ou prises clandestinement, des témoignages dont certains sont diffusés àla BBC ou publiés àLondres sous la forme de brochures. Elle les appelle àbombarder les voies ferrées et les chambres àgaz.

Les premières évacuations des camps du complexe d’Auschwitz commencent en aoà»t 1944, alors que les troupes soviétiques approchent. La Résistance, qui redoute une extermination finale des détenus, prépare l’insurrection. Mais elle est réduite par les transferts massifs de détenus que les SS soupçonnent d’être prêts àaider leurs libérateurs potentiels : des Polonais et des Russes essentiellement ainsi que des dirigeants de la Résistance intérieure. Les 6 et 7 octobre, des membres du Sonderkommando[17] se soulèvent anticipant l’insurrection générale programmée, en apprenant qu’ils vont être liquidés. Ils font sauter le Krematorium-IV grâce àla poudre soustraite dans l’entreprise d’armement « Union  » par quatre détenues juives polonaises. Elles seront par la suite pendues devant leurs camarades d’usine. Aucun des quelque 465 insurgés ne survit mais trois SS sont tués et douze blessés, le Krematorium-IV est inutilisable. Le 27 octobre, l’évasion manquée de cinq dirigeants du Groupe de combat d’Auschwitz affaiblit encore davantage la Résistance. Ces hauts responsables devaient rejoindre les partisans polonais afin de préparer avec eux une attaque du camp, destinée àappuyer l’insurrection générale des détenus. Le Groupe de combat d’Auschwitz est décapité par l’arrestation de deux autres de ses dirigeants et par la pendaison, le 30 décembre, des cinq évadés. Dès lors, comme l’écrit Hermann Langbein qui fut un des dirigeants du Groupe de combat : « la Résistance ne put jouer de rôle décisif dans la phase finale de l’histoire d’Auschwitz ».[18]
Pendant ce temps, les SS entreprennent de faire disparaître les traces de leurs crimes. Le 26 novembre, Himmler ordonne la destruction de l’ensemble des installations de mise àmort. Un seul Krématorium reste en service pour brà»ler les cadavres des détenus - sa chambre àgaz restant intacte - jusqu’au dynamitage tardif de l’ensemble des Krématorium le 25 janvier 1945. Les fosses sont camouflées sous des plantations d’arbres. Les archives sont brà»lées. Certaines sont sauvées par des résistants travaillant dans l’administration et qui les enterrent. C’est ainsi que plus de 700 photos d’immatriculation de détenus arrêtés et déportés de France par mesure de répression ont pu être conservées et retrouvées.
Entre le 17 et le 23 janvier, l’évacuation finale àpied ou en wagons ouverts concerne près de 60000 détenus dirigés vers les KL situés plus àl’Ouest, Buchenwald, Mauthausen, Dachau, Bergen-Belsen, etc.. Auschwitz, où subsistent encore environ 7000 détenus - jugés intransportables par les SS qui envisageaient de les éliminer - est libéré le 27 janvier 1945 par les troupes soviétiques.

Les vestiges du camp de base et de Birkenau sont classés en 1979 par l’Unesco dans le patrimoine mondial de l’humanité comme site unique dans la catégorie des biens culturels ayant une signification universelle. La fiche descriptive du site Internet de l’Unesco précise : « Les enceintes, les barbelés, les baraquements, les miradors, les potences, les chambres àgaz et les fours crématoires de l’ancien camp de concentration et d’extermination d’Auschwitz-Birkenau, le plus vaste du IIIème Reich, attestent des conditions dans lesquelles fonctionnait le génocide hitlérien. Selon les recherches historiques, 1,1 million à1,5 million de personnes - dont de très nombreux juifs - furent systématiquement affamées, torturées et assassinées dans ce camp, symbole de la cruauté de l’homme pour l’homme au XXème siècle  ».

Claudine Cardon-Hamet

vue filmée par un drone d Auschwitz -BBC new 2015

Mis à jour : jeudi 8 mai 2008