un incorporé de force répond aux collégiens


Monsieur Welker répond aux questions posées à la suite de la rencontre du 9 janv 2015 à la Médiathèque du Parc de Wesserling - classe de 3° de Mme Runser Collège de St.Amarin :

  • 1. qu’avez-vous ressenti quand vous avez intégré la Wehrmacht ?

J’avais 17 ans et à cet âge je n’étais pas encore vraiment mûr et assez insouciant.
Le fait d’être avec d’autres du même âge (nous étions "dilués" parmi une majorité d’allemands) cela revigore et l’on ne se rend pas vraiment compte du danger.
Chacun allait de sa blague...et il existait une certaine excitation parmi toutes les recrues.
Je savais que j’allais au front (comme les autres copains allemands) et dire que je n’avais pas peur serait mentir, malgré la hardiesse que j’affichais.
Il faut aussi se rappeler que j’étais auparavant au RAD* qui nous avait donné une formation paramilitaire pendant 8 mois, de juillet 1944 à février 1945. Nous avons été immédiatement mobilisés dans la Wehrmacht dès le 12 février 1945.

  • 2. pendant votre incorporation, quels étaient vos rapports avec les allemands ?

Dans toutes les armées, quel que soit le pays, c’est le règne de la discipline et de la rigueur et de l’obéissance. Les allemands nous considéraient comme des "allemands d’Alsace" et notre dialecte alsacien était proche de l’allemand des Badois par exemple. Les allemands entre eux se désignaient comme : allemands de Bavière, allemands de la Sarre, allemands de Souabe.....L’Alsace était pour eux une Région allemande qu’ils avaient "libérée" des Français.
Les alsaciens étaient complètement mélangés aux allemands, pour les empêcher de former des clans. Par exemple sur un contingent de 90 il y avait environ 15 alsaciens.
Nous chahutions ensemble - il était inconcevable d’envisager des animosités, nous étions copains de régiment pour le meilleur et pour le pire, nous subissions les mêmes galères.

  • 3. Comment reprendre la vie normale après la guerre ?

En 1945, au retour sur Mulhouse, beaucoup de quartiers et de villages étaient détruits et il fallait reconstruire. Le travail ne manquait pas et on s’y intégrait sans difficultés.

Le quotidien a repris ses droits et on ne parlait plus beaucoup de cette période, sauf lors d’une rencontre avec un copain où c’était l’occasion d’échanger quelques propos et des souvenirs. Ma classe d’incorporés de Mulhouse (1927-47) était revenue saine et sauve. Dans mon entourage il n’y avait pas de récits de blessés graves et du sort des incorporés de force faits prisonniers par les armées russes...il a fallut attendre la création des associations ADEIF et les indemnisations pour que ce sujet soit à nouveau discuté et de plus en plus connu.

Mis à jour : mardi 20 janvier 2015