Une fourmi de dix-huit mètres - Robert Desnos


Une fourmi de dix-huit mètres

Une fourmi de dix-huit mètres

Avec un chapeau sur la tête

Ça n’existe pas ça n’existe pas.

Une fourmi traînant un char

Plein de pingouins et de canards

Ça n’existe pas ça n’existe pas

Une fourmi parlant français

Parlant latin et javanais

Ça n’existe pas ça n’existe pas

Et pourquoi pas !

Robert Desnos

Relisez ce poème en pensant à la période ou il a été écrit, et sachant que certaines locomotives avec leur tender intégré mesurent approximativement 18 m, que les allemands défilaient au pas de l’oie.......


Robert Desnos naît le 4 juillet 1900 à Paris. Ses premiers poèmes se font l’écho de ses découvertes littéraires — Apollinaire, Laurent Tailhade, Germain Nouveau, Baudelaire, Rimbaud. Certains sont publiés dans de petites revues comme "des jeunes". Desnos fait son entrée dans le groupe surréaliste en 1922. Il rencontre André Breton et Philippe Soupault .Ses activités de journaliste, son refus de se plier à toute discipline de groupe, rendent ses rapports de plus en plus tendus avec ses compagnons surréalistes, jusqu’à la rupture en 1929. En 1933 il se lance dans une carrière radiophonique. Desnos est conscient de la montée du fascisme en Europe ; la guerre d’Espagne le bouleverse. Faire front lui paraît nécessaire. Aussi, en compagnon de route, accepte-t-il de prêter son concours à des manifestations des Maisons de la culture, et donne-t-il des critiques de disques au journal communiste "Ce soir".

Mobilisé en 1939 Desnos fait la « drôle de guerre » convaincu de la légitimité du combat contre le nazisme. Il ne se laisse abattre ni par la défaite de juin 1940, ni par l’occupation de Paris. Son activité radiophonique ayant cessé, il devient journaliste à "Aujourd’hui", journal rapidement soumis à la censure allemande La lutte est désormais clandestine. Dès 1942, il fait partie du réseau Agir, auquel il transmet des informations confidentielles parvenues au journal, tout en fabriquant par ailleurs de faux papiers pour des Juifs ou des résistants en difficulté.

Sous son nom ou sous le masque de pseudonymes, il revient à la poésie. Après Fortunes (1942) qui fait le bilan des années trente, il s’adonne à des recherches où poème, chanson, musique peuvent s’allier, avec les « couplets » d’État de veille (1943) ou les Chantefables (1944) « à chanter sur n’importe quel air ». Le Bain avec Andromède (1944), Contrée (1944), les sonnets en argot poursuivent, sous des formes variées, la lutte contre le nazisme, car « ce n’est pas la poésie qui doit être libre, c’est le poète ». En 1944, Le Veilleur du Pont-au-Change, signé Valentin Guillois, pousse son vibrant appel à la lutte générale, quand le poète est arrêté, le 22 février.

D’abord prisonnier au camp de Compiègne, il est dans le convoi parti de Compiègne le 27 avril qui arrive à Auschwitz le 30 avril. Il deviens le matricule 185 443. Ce transport est connu sous le nom de " Convoi des tatoués". Il est transféré au camp de Flöha puis évacué sous la poussée des Alliés en mai 1945 au camp de Terezin en Tchécoslovaquie. Épuisé par les mauvais traitements et les marches forcées, il y meurt du typhus le 8 juin 1945, avec l’ultime réconfort d’être reconnu par des tchèques.


Au cours de l’année 2000, Yves Thouvenel voulant faire un spectacle pour enfants se penche sur les poèmes écrits en pleine Occupation Allemande par Robert Desnos. Il y découvre des double-sens en résonance avec la période 1939-1943.Il offre une lecture possible de ces poèmes à la lumière de leur contexte historique dans un spectacle « Eh ! Pourquoi pas ? Spectacle pour un temps de guerre ».

Yves Thouvenel est né en 1946 . C’est un comédien formé à l’école du TNS.
son site : http://yvesthouvenel.blogspot.fr/

SOURCES :

livre mémorialde la Fondation pour la mémoire de la Déportation

Association les amis de Robert Desnos

Mis à jour : mercredi 30 septembre 2015