Soif


" Lorsque nous quitterons ce dantesque décor,
Lorsque les horizons seront devenus bleus,
Ma sœur, il nous faudra nous souvenir encore
De nos rêves mort-nés dans le soir nébuleux.

Mais retrouveras tu la maison familière
Et ce goût de bonheur qui mûrissait en toi
Ainsi qu’un fruit pulpeux tout gorgé de lumière
Et n’aura-tu pas soif et n’auras-tu pas froid

Comme dans les wagons plombés de la misère
Lorsque nous haletions au rythme des convois
Dans le petit matin putride et délétère
Où nous comptions nos morts tout en baissant la voix ?
La soif, la grande soif des pays sans aurore,
De notre souvenir saurons-nous la chasser ?
J’ai peur d’une autre soif plus exigeante encore
Que nulle eau ne serait étancher. "

Violette Maurice

Mis à jour : mercredi 30 septembre 2015