Mais qui demain se souviendra,...


Quand libérés des camps marqués par la souffrance
Nous rentrions en France le corps meurtri de coups,
Te souviens-tu, ami, ces flonflons, ces discours
Avec bouquets de fleurs et encore et toujours…
Alors que nous portions en nous, en ces jours de victoire,
Les copains disparus aux feux des crématoires.

Mais qui demain se souviendra
De ceux d’Ellrich ou de Dora.

Le pays tout entier, en découvrant l’horreur
Bâtit des monuments et versa quelques pleurs.
Rescapés de l’enfer, nous racontions sans fin,
Tous les morts entassés, la torture, la faim.
Car nous pensions bien, après tous ces temps noirs
Lancer de par le monde un message d’espoir.

Mais qui demain se souviendra
De ceux d’Ellrich ou de Dora.

Aujourd’hui déjà, peut-être en ce moment
Un passant anonyme, voyant un monument
Avec un nom gravé et puis « mort à Ellrich »
Peut-être de misère, peut-être à coup de triques
Repartira distrait, un instant étonné,
« Ou était-ce ça Ellrich ? Pas entendu parler »

Mais qui demain se souviendra
De ceux d’Ellrich ou de Dora

Nous témoignons encore, mais faibles sont nos voix.
Survivants épuisés, nous conservons la foi.
Les temps sont si troublés que l’on peut voir encor
D’un continent à l’autre pousser des miradors.

Quant à ce monde fou, ou sombrent nos espoirs
Le dernier d’entre nous aura dit « au revoir »…
Alors ami, qui donc se souviendra
De tous nos morts… d’Ellrich ou de Dora

Robert Thiercelin

La secrétaire de mairie de Châteauneuf sur Loire (Loiret), Jacqueline Thiercelin, a abondamment exploité sous l’Occupation la possibilité que lui donnaient à ses fonctions de falsifier l’état-civil de personnes acculées à plonger dans la clandestinité. Elle a protégé de la sorte des réfractaires du STO, des résistants et des Juifs. Sa ferme volonté de saboter la politique des autorités, politique qu’elle jugeait anti-française et illégitime, lui inspira le courage de braver les risques les plus graves. En 1943, sollicitée par des Juifs vivant à Antibes, amis de longue date de ses parents, Jacqueline Thiercelin remania l’identité et l’âge d’Armand Slisonsky, requis alors par le STO. Ce fut ensuite le tour des parents de ce dernier, Robert et Henriette Slisonsky, contraints de fuir Antibes à la fin du mois d’octobre 1943 (voir Puget, Emile et Valentine) pour se soustraire aux poursuites de la Milice. Jacqueline vivait chez ses parents, de même que son frère Robert Thiercelin, très engagé dans la Résistance active. Elle y accueillit Armand Slisonsky avec la même générosité qu’elle mettait à délivrer de fausses pièces d’état-civil, sans contrepartie. Mais, au printemps de 1944, la Gestapo opéra une descente chez les Thiercelin, où elle parvint à capturer Robert, qui fut rapidement déporté au camp de Dora. Heureusement le jeune résistant survécut au régime infernal de ce camp, et il réussit une évasion d’une incroyable audace en avril 1945.
https://yadvashem-france.org/les-justes-parmi-les-nations/les-justes-de-france/dossier-3847/

Mis à jour : vendredi 11 novembre 2016