Le testament des déportés


Le lundi 26 janvier 2009,les déportés ont été accueillis par le Maire de Berlin, puis par le Président de la République Fédérale d Allemagne, enfin par le Président du Sénat de Berlin.

 Le mardi 27 janvier, ils ont assisté au Bundestag (chambre des députés allemands) à la séance solennelle de commémoration de la libération d’Auschwitz, équivalent allemand de notre journée de la déportation.

A cette occassion les déportés ont remis au Président du Bundestag leur testament

Traduction

Nous soussignés, survivants des camps de concentration nazis, femmes et hommes, représentons les comités internationaux d’anciens détenus des camps de concentration et de leurs Kommandos extérieurs. Nous commémorons la mémoire de nos familles massacrées et des millions de victimes assassinées en ces lieux de cendre. Leur persécution et leur élimination pour des motifs raciaux, politiques, religieux, sociaux, biologiques et économiques et une guerre criminelle ont conduit le monde au bord du gouffre et laissé un bilan terrible.

Après notre libération, nous avons juré de construire un monde neuf de paix et de liberté. Nous nous sommes engagés pour que ne se reproduisent plus ces crimes sans précédents. Notre vie durant, nous avons porté témoignage, notre vie durant, nous nous sommes efforcés d’informer les jeunes de notre vécu, de nos expériences et de
ce qui en fut la cause.

C’est pour cela qu’il est pour nous douloureux et révoltant de constater aujourd’hui que le monde n’a pas suffisamment tiré les leçons de notre histoire. C’est pour cela que
les citoyens comme les états ont le devoir de poursuivre ce travail sur le souvenir et la mémoire.

Les anciens camps sont aujourd’hui des témoins de pierre. Ce sont les théâtres de crimes, des cimetières internationaux, des musées, et des lieux d’apprentissage de l’histoire. Ce sont des preuves contre le négationnisme et la banalisation ; ils doivent être préservés à jamais. Ce sont des lieux de recherches scientifiques et d’engagement éducatif où l’encadrement pédagogique des visiteurs doit être assuré de manière satisfaisante. Les crimes contre l’humanité commis par les nazis sont sans précédent, tout particulièrement l’Holocauste. Ils ont été perpétrés sous la responsabilité de l’Allemagne. Elle a réalisé un grand travail de réflexion critique sur son histoire. Nous attendons de la République Fédérale d’Allemagne et de ses citoyens qu’ils continuent à assumer pleinement leurs
responsabilités.

L’Europe aussi a sa mission à remplir. Au lieu de faire prévaloir nos idéaux de
démocratie, de paix, de tolérance, d’autodétermination, et de règne des droits de l’homme, l’histoire est trop souvent utilisé pour semer la discorde entre les hommes, les communautés et les peuples.

Nous refusons la mise en équivalence des culpabilités, la hiérarchisation de la souffrance, la concurrence entre les victimes et l’amalgame des phases historiques.

Aussi appuyons nous l’appel lancé en 2004 devant le Parlement fédéral allemand par l’ancienne présidente du Parlement européen et survivante d’Auschwitz, Simone Weil, en faveur de la transmission de la mémoire : « l’Europe devrait connaître et reconnaître son passé commun comme un tout, avec ses pages de lumière et ses pages d’ombre ; chaque Etat membre devrait connaître et reconnaître ses erreurs et ses défaillances, et être paix avec son propre passé pour pouvoir être en paix avec le passé de ses voisins ».

Nos rangs s’éclaircissent. Dans toutes les instances nationales et internationales de nos associations, des femmes et des hommes prennent la relève de la mémoire à nos côtés. Ils nous rendent confiants dans l’avenir, et continuent notre travail. C’est avec eux que doit se poursuivre le dialogue commencé avec nous. Pour assurer cette tâche, ils ont besoin du soutien de l’état et de la société.

Les derniers témoins se tournent vers la République Fédérale d’Allemagne, vers tous les états européens, vers la communauté internationale pour leur demander de préserver et d’honorer dans le futur ces facultés humaines que sont le souvenir et la mémoire.

Nous invitons les jeunes générations à poursuivre notre lutte contre l’idéologie nazie et pour un monde juste, un monde de paix et de tolérance, un monde libéré totalement de l’antisémitisme, du racisme, de la xénophobie, et de l’extrémisme fascisant.

Que ceci soit notre testament.

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Mis à jour : lundi 26 août 2013