Le Mont Valérien


Erigé sur une colline dominant Paris, abrité par un mur d’escarpe imposant, le fort du Mont Valérien devint pour les allemands un lieu propice aux exécutions.

Amenés de l’extérieur en camions, les condamnés étaient enfermés dans une chapelle désaffectée, où leur attente durait parfois plusieurs heures. Puis ils étaient conduits en groupes plus ou moins nombreux jusqu’au lieu de leur exécution, dans une clairière située à une centaine de mètres en contrebas.

Les corps des suppliciés étaient ensuite dispersés dans les cimetières de la région parisienne.

Dés la libération, le Général de Gaulle tint à consacrer lui même ce Haut-lieu au cours d’une cérémonie solennelle dédiée à la mémoire des massacrés et fusillés.

Le 11 novembre 1946, à la nuit, au cours d’une prise d’arme 16 cercueils, représentant les phases essentielles du combat mené de 1939 à 1945, furent déposés dans un crypte provisoire aménagée à l’intérieur d’une casemate.

Dans ses Mémoires de guerre, le général de Gaulle écrit : «  Le 11 novembre, je présidai la cérémonie de l’Etoile. Quinze cercueils, amenés de tous les champs de bataille, étaient rangés autour de l’Inconnu, comme si ces combattants venaient lui rendre compte de leur propre sacrifice avant d’être transférés dans une casemate du mont Valérien. »

1er cercueil
Boutie Diasso Kal, né en 1919 à Kayoro (Burkina Faso). Soldat au 16e Régiment de Tirailleurs Sénégalais. Tué à l’ennemi le 28 mai 1940 à Fouilloy (Somme).

2 éme cercueil
Grethen Edmond, né le 23/3/1898 à Thionville (Moselle). Inspecteur en chef de la Garde Indochinoise. Fusillé par les Japonais le 16/3/1945 à Thakhek (Laos).

3 éme cercueil
Anne Raymond, né le 17/12/1922 à Villers-Bocage (Calvados). Sergent FFI, "Filochard" dans la Résistance. Tué à l’ennemi à Vassieux-en-Vercors (Drôme) le 21/7/1944.

4 éme cercueil :
Maboulkede, né en 1921 à Dangarare (Tchad). Soldat au 24e Bataillon de Marche. Décédé le 22/8/1944 à La Garde (Var).

5 éme cercueil :
Albrecht Berty, née le 15/2/1893 à Marseille (Bouches-du-Rhône). Résistante. Décédée à la prison de Fresnes en mai 1943. Compagnon de la Libération.

6 éme cercueil :
Debout Maurice, né le 30/12/1914 à Arras (Pas-de-Calais). Prisonnier de guerre. Fusillé le 13/3/1944 à Oberhonau (Bavière).

7 éme cercueil :
Ulmer Pierre, né le 24/7/1916 à Châtellerault (Vienne). Dragon du 4e Régiment de Dragons Portés. Tué à l’ennemi le 24/5/1940 à la Ferme de Berthonval (Pas-de-Calais).

8 éme cercueil :
Brière Georges, né le 24/12/1922 à Reims (Marne). Matelot au 1er Régiment de Fusiliers marins. Tué à l’ennemi le 25/11/1944 à Giromagny (Territoire de Belfort).

9 éme cercueil :
Vide. Réservé au dernier Compagnon de la Libération

10 éme cercueil :
Touny Alfred, né le 24/10/1886 à Paris. Résistant. Fusillé en avril 1944 à Arras (Pas-de-Calais). Compagnon de la Libération.

11 éme cercueil :
Charrier Jean, né le 1/6/1920 à Paris. Soldat au 152e Régiment d’Infanterie. Tué à l’ennemi le 26/12/1944 à Courtelevant (Territoire-de-Belfort).

12 éme cercueil :
Allal Ould M’Hamed Ben Semers, né en 1920 au douar Bourjaa (Maroc). Soldat au 1erRégiment de Tirailleurs Marocains. Tué à l’ennemi le 6/10/1944 à Briançon (Hautes-Alpes).

13 éme cercueil :
Hedhili Ben Salem Ben Hadj Mohamed Amar, né en 1913 à Hergla Caidat (Sousse-Tunisie). Soldat au 4e Régiment de Tirailleurs Tunisiens. Tué à l’ennemi le 16/6/1940 à Aunay-sur-Auneau (Eure-et-Loir).

14 éme cercueil :
Arnaud Henri, né le 24/8/1907 à Paris. Commandant la 4e escadre de chasse. Tué à l’ennemi le 12/9/1944 à Roppe (Territoire de Belfort).

15 éme cercueil :
Duport Maurice, né le 7/4/1919 à Salon-de-Provence (Bouches-du-Rhône). Sous-lieutenant au 22e Bataillon Nord Africain. Tué à l’ennemi le 4/5/1944 à San Clemente (Italie).

16 éme cercueil :
Mourgues Antoine, né le 13/10/1919 à Lorient (Morbihan). Caporal-chef au Bataillon du Pacifique. Tué à l’ennemi le 1/1/1942 à El Mreir (Lybie).

17 éme cercueil :
Lévy Renée, née le 25/9/1906 à Auxerre (Yonne). Déportée-résistante. Décapitée à Cologne (Allemagne) le 31/8/1943.

en novembre 1958, le général de Gaulle nomme l’Architecte des bâtiments de France, Félix Brunau « directeur des travaux et architecte d’opérations pour la réalisation technique d’un haut-lieu de la France Combattante ».

Le 18 juin 1960, le général de Gaulle inaugure le Mémorial de la France Combattante.La veille, les cercueils des seize combattants ont été transférés dans la crypte. Les cénotaphes, présentés en arc de cercle et recouverts du drapeau tricolore, entourent l’urne contenant les cendres de déportés inconnus. Un emplacement de caveau, le n°9, reste vide : il est réservé au dernier Compagnon de la Libération.

Le monument est érigé près de la clairière des fusillés, contre le mur d’enceinte sud-est du fort, sur une esplanade de 10 000 m2, dont la forme symbolise le V du mot Victoire.

Sur un front de 100 mètres seize buttons symboles des seize tombeaux jaillissent en surplomb du mur de fortification.

Ces hauts reliefs sont dus ( de gauche à droite fen faisant face au monument) à :

Joseph Rivière : L’Alsace - deux mains, dans un geste d’offrande vers les armoirie de Colmar symbolisent la libération de l’Alsace.

Georges Saupique : Le Casablanca - Les Forces Navales Françases Libres luttent pour desserrer l’étreinte d’une pieuvre dont les tentacules cherchent à les étouffer.

Marcel Damboise - « Paris » Dans une alvéole rappelant les contours de la capitale, la main de l’occupant, empoignée par la Résistance qui brise ses chaînes, est contrainte de lâcher prise.

Raymond Corbin - « Maquis » Dans l’ombre des forêts, les maquisards guettent, et frappent. Vigilante et résolue, la France veille sur eux.

René Leleu - « Alençon » Tel le phénix renaissant de ses cendres, l’armée française livre sa première grande bataille sur le sol enfin retrouvé de la Mère patrie.

Pierre Duroux - « Saumur » Les cadets de l’école de cavalerie livrent un combat désespéré pour l’honneur de l’armée. Le soldat tombe, mais son sacrifice ne sera pas vain

Henri Lagriffoul : —« La Déportation » Dans un suprême effort, deux mains émaciées tentent d’arracher les barbelés qui lacèrent un cœur torturé.

Claude Grange : - « Les Forces aériennes françaises libres »
Malgré la menace des rapaces dont les serres semblent se refermer inexorablement, les liaisons seront assurées et les missions accomplies.

Alfred Janniot  : -« L’action » La France Libre poursuit le combat et serre dans ses bras ses fils immolés pour que la Patrie survive.

Aimé Bizette-Lindet : « Le Fezzan » La Nation, symbolisé par un lion blessé mais toujours debout, attaque et pourchasse l’ennemi, sur ses territoires les plus lointains.

Maurice Calka : « Les fusillés » Lacéré par les balles du peloton d’exécution, l’homme n’est plus qu’une matière sans visage et sans forme. De sa chair pitoyable se lève l’anathème contre l’oppression et la guerre.

Ulysse Gemignani : - « Cassino » saisi dans le carcan de l’Armée Française d’Italie, l’aigle ennemi commence à faiblir.

Raymond Martin : - « Bir Hakeim » Après une Résistance sublime, la 1 ere division française Libre , livrée à ses seules ressources, force par le glaive le barrage d’acier et de feu qui l’encercle.

Robert Juvin : - « Narvik » Comme une nef percée de flèches, mais toujours à flot, le Corps Expéditionnaire Français, en dépit de tous les périls, quitte la Norvège, pavillon haut.

René Andrei : - « Sienne » La France force la Victoire à rallier définitivement les rangs des Alliés.

Louis Dideron : - « Le Rhin » Strasbourg, mutilé mais indompté, brise ses chaînes et libère le grand fleuve.

De part et d’autre de la composition, des mats de 20m servant de hampes aux oriflammes hissés lors des cérémonies portent à leur faite un fanal, image de la perpétuelle clarté.

Au centre du monument devant une croix de Lorraine de 12 m de haut en grès rouge d’Alsace, la Flamme du souvenir s’élève d’un pavois d’airain.

La cérémonie officielle du 18 juin s’y déroule depuis 1946.

Mis à jour : mardi 5 avril 2016