La Douleur Marguerite Duras


La Douleur est un roman de Marguerite Duras paru en 1985 aux éditions P.O.L.

Marguerite Duras a, pendant ces années, tenu un journal, écrit des textes que lui inspirait tout ce qu’elle voyait, ce qu’elle vivait, les gens qu’elle rencontrait ou affrontait.
En 1939, elle s’est mariée avec Robert Antelme. Antelme était un membre de la résistance en France et il a été arrêté par la Gestapo et envoyé au camp de concentration de Buchenwald. Il a survécu lors de son retour, Marguerite Duras était tombée amoureuse d’un autre homme, François Mitterrand. Duras avait projeté de quitter Antelme, mais elle l’a soigné jusqu’à ce qu’il soit remis avant de se marier avec François Mitterrand. La Douleur (1985) est inspirée de cette période dans sa vie.

Ce sont ces récits et des extraits de son journal, que Marguerite Duras a réunis sous le titre "La Douleur".

Marguerite Duras y raconte entre autre le retour des camps de Robert Antelme, son mari. C’est le récit de ce retour et de l’attente de ce retour, un texte qui mêle la question politique (le rôle de la Résistance, son organisation, la difficulté à obtenir des informations sur les camps et sur les survivants etc.) à un récit intime sur l’attente, l’amour et la fin de l’amour.

Extrait

"....nous lui cachons ses propres jambes, ses pieds, son corps, l’incroyable.

Nous ne nous sommes jamais habitués à les voir. On ne pouvait pas s’y habituer. Ce qui était incroyable, c’était qu’il vivait encore. Lorsque les gens entraient dans la chambre et qu’ils voyaient cette forme sous les draps, ils ne pouvaient pas en supporter la vue, ils détournaient les yeux.

Beaucoup sortaient et ne revenaient plus. Il ne s’est jamais aperçu de notre épouvante, jamais une seule fois. Il était heureux, il n’avait plus peur.

La fièvre le portait. Dix-sept jours.

Un jour la fièvre tombe. Au bout de dix-sept jours la mort se fatigue.

Et un jour la fièvre tombe, on lui a fait douze litres de sérum, et un matin la fièvre tombe.

Il est couché sur ses neuf coussins, un pour la tête, deux pour les avant-bras, deux pour les bras, deux pour les mains, deux pour les pieds ; car tout ça ne pouvait plus supporter son propre poids, il fallait engloutir ce poids dans du duvet, l’immobiliser.

Et une fois, un matin, la fièvre sort de lui. La fièvre revient mais retombe. Elle revient encore, un peu plus basse et retombe encore. Et puis un matin il dit : « J’ai faim. »

La faim avait disparu avec la montée de la fièvre.

Elle était revenue, avec la retombée de la fièvre. Un jour le docteur a dit : « Essayons, essayons de lui donner à manger, commençons par du jus de viande, s’il le supporte, continuez à lui en donner, mais en même temps donnez-lui de tout, par petites doses tout d’abord, et par paliers de trois jours, un peu plus à chaque palier. »

Mis à jour : lundi 9 août 2010