L’âge des extrêmes. Histoire du court XXème siècle


L’âge des extrêmes. Histoire du court XXème siècle

Eric J Hobsbawm ; André Versaille

Editeur/Le Monde Diplomatique ; 812 p ; 22,9€.

Dans ce livre, l’historien anglais E. Hobsbawm cherche à comprendre son (notre) XXème siècle et surtout à expliquer pourquoi les « choses » ont suivi ce cours et non un autre.

II analyse aussi l’agencement de tous les évènements, surtout dans la période qui nous concerne le plus, dans l’association AFMD, les années trente et quarante, même si la suite nous interpelle aussi.

En peu de décennies, la société humaine a connu beaucoup plus de transformations sociales que sur toute autre période aussi brève.

Dans la première partie, l’auteur nous présente une planète qui vole d’une calamité à une autre et analyse pourquoi les immenses empires coloniaux ont éclaté en poussières.

Rebellions et révolutions ont impliqué le tiers de la population mondiale. La seconde guerre est, bien sûr, imputée à Hitler et à ses théories destructrices mais aussi au contexte d’un monde instable que l’auteur sait nous décrire avec un luxe de minutie.

I1 s’efforce d’avoir une vision globale de notre monde, n’oubliant pas l’Orient avec le poids d’un Japon dominateur qu’on minimise souvent. Le contexte économique est analysé avec précision tant dans ses richesses accumulées par le pillage des colonies que dans les désastres dus à la crise de 1929. Les pages concernant cette crise ne peuvent laisser indifférent le lecteur de 2009, même si les causes et effets de cette crise ne doivent en aucun cas être mis en parallèle avec la crise dans laquelle nous entrons actuellement.

Le livre se compose de trois grandes parties :

- I/ L’ère des catastrophes : une remarquable étude des arts de 1914 à 1945 termine cette partie.

- 2/ L’âge d’or : l’auteur ne nous présente pas une vision idyllique des quelques décennies de l’après-guerre. Il n’oublie ni les errements du « socialisme réel » ni les tensions de la guerre froide.

- 3/ La débâcle : La fin du socialisme, les crises et soubresauts du monde capitaliste et les réactions d’apprentis sorciers des armes et des sciences nous permettent d’ordonner un peu notre pensée face à ce que nous venons de vivre.

La conclusion mérite lecture et relectures : après un bilan sans concession des crimes et errements su siècle, l’auteur ne glisse pas dans le pessimisme, loin de là : il montre un espoir lucide d’améliorations et de progrès.

L’historien nous rappelle que l’analyse du passé n’apporte « aucune aide en matière de prophétie » mais il affirme que les « choses peuvent prendre un tour plus prometteur ».

L’épaisseur du livre, 800 pages d’une écriture très dense, pourrait décourager un lecteur trop impatient. Pourtant on se prend au jeu dès qu’on a lu les vingt premières pages. Difficile d’abandonner en cours de route une œuvre aussi originale et inoubliable, éditée à l’initiative du « Monde Diplomatique » et traduite en plus de vingt langues.

Jean Constant.

Mis à jour : dimanche 16 juin 2013