Je trahirai demain


Je trahirai demain


_ Je trahirai demain pas aujourd’hui.
Aujourd’hui, arrachez-moi les ongles,
Je ne trahirai pas.
Vous ne savez pas le bout de mon courage.
Moi je sais.
Vous êtes cinq mains dures avec des bagues.
Vous avez aux pieds des chaussures
Avec des clous.
Je trahirai demain, pas aujourd’hui,
Demain.
Il me faut la nuit pour me résoudre,
Il ne faut pas moins d’une nuit
Pour renier, pour abjurer, pour trahir.
Pour renier mes amis,
Pour trahir la vie,
Pour mourir.
Je trahirai demain, pas aujourd’hui.
La lime est sous le carreau,
La lime n’est pas pour le barreau,
La lime n’est pas pour le bourreau,
La lime est pour mon poignet.
Aujourd’hui je n’ai rien à dire,
Je trahirai demain.


Marianne Cohn, 1943

Marianne Cohn est née à Mannheim (Allemagne) en 1922.

Entre 1934 et 1944, elle vivra avec sa famille dans divers pays dont l’ Espagne et la France.

En 1941, Marianne entre en résistance et participe à la construction du MJS (mouvement de la jeunesse sioniste).

De septembre 1942 à janvier 1944, sous le pseudonyme de Colin, elle fait passer des enfants juifs vers la Suisse.

Arrêtée en 1943, elle est relâchée au bout de trois mois. Ce serait à cette période qu’elle aurait écris le poème « Je trahirai demain ».

Le 31 mai 1944, elle est à nouveau arrêtée à 200 mètres les séparent de la frontière Suisse avec une trentaine d’enfants. Torturée, elle ne parle pas. Elle est assassinée dans la nuit du 7 au 8 juillet 1944.

Mis à jour : samedi 11 mai 2013