Décès de Raymond Gourlin


Hommage à Raymond GOURLIN

(1925-2017)

Raymond Gourlin est né à Chaumont le 24 janvier 1925, mais il passe son enfance à Troyes où son père est cheminot. Après l’école primaire, il entre en apprentissage chez un imprimeur où est employé son frère aîné Daniel. Dans cette imprimerie qui travaille pour la préfecture et le commissariat de police de Troyes, les deux frères fabriquent clandestinement des faux papiers et des faux tickets de ravitaillement pour la Résistance.
Daniel parvient à se faire recruter comme gardien de la Paix et, après un stage à Épernay, il est nommé au commissariat de Chaumont. Quant à Raymond, convoqué le 10 mars 1943 pour partir travailler en Allemagne dans le cadre du Service du travail obligatoire (STO), il se fabrique une fausse carte d’identité et part se réfugier chez des amis à Tours. Revenu à Troyes et recherché par les services de l’occupant, il s’enfuit en Haute-Marne et travaille dans une ferme, puis par l’intermédiaire de Daniel, il est embauché comme agent spécial auxiliaire au commissariat de Chaumont le 1er septembre 1943. Affecté au standard téléphonique, il intercepte les informations utiles à la Résistance.
Grâce à leur emploi au commissariat de Chaumont, les deux frères informent les requis du STO qu’ils vont recevoir une convocation, interceptent les avis de recherche, retardent leur retransmission ou les détruisent.
Ils rejoignent un réseau constitué de résistants appartenant aux différents mouvements présents dans l’Aube, gaullistes de Ceux de la Résistance, communistes du Front national de lutte pour l’indépendance de la France, socialistes de Libération-Nord.
Après l’exécution par les nazis de dix patriotes hauts-marnais, Daniel et Raymond installent dans la nuit du 18 au 19 mars 1944, un grand V en tissu noir portant l’inscription « Ils seront vengés » sur le monument aux morts de Chaumont.
Le 6 juin 1944, au moment du débarquement allié sur les plages de Normandie, ils décident de rejoindre le maquis FFI qui se constitue dans la forêt de Leffonds en emportant avec eux armes et munitions extraites de l’armurerie du commissariat dont Raymond s’est emparé des clefs.
Le 16 juin, le groupe FFI auquel appartient Raymond est accroché par un détachement allemand et se replie. Raymond est fait prisonnier, alors qu’il revenait, sans arme, porter secours à un camarade blessé, qui est achevé devant lui. Emmené au siège de la Gestapo à Chaumont, puis incarcéré à la prison de Langres, il y est interrogé, battu, torturé.
Le 27 août, devant l’avance alliée, la prison de Langres est évacuée. Raymond est emmené en camion à Chaumont, puis il est déporté par un convoi qui transite par Belfort et le conduit au camp de Neuengamme en Allemagne du Nord, où il arrive le 1er septembre 1944.
À Neuengamme, Raymond reçoit le numéro matricule 43948 et il est affecté au Kommando de Wilhelmshaven, un Kommando au service de la Kriegsmarine, la marine de guerre allemande. Il y est confronté à toutes les humiliations et sévices du système concentrationnaire nazi : les appels interminables, les journées de travail de 12 heures, les coups de schlague, le froid, la faim, les poux, la maladie, les exécutions de camarades.
Le 5 avril 1945, après l’évacuation du Kommando devant l’avance alliée, il est emmené dans une longue « marche de la mort » au cours de laquelle beaucoup de ses camarades épuisés s’écroulent et sont abattus par les SS. Après une halte dans le « camp-mouroir » de Sandbostel, où s’entassent des monceaux de cadavres, la marche se poursuit jusque Bremervörde où les déportés sont embarqués dans un train, puis sur une péniche qui prennent la direction de la mer Baltique, et qui sont mitraillés et immobilisés par l’aviation britannique. Les déportés sont ensuite hissés sur un bateau charbonnier qui s’ensable, puis conduits à pied jusqu’à la gare de triage de Flensburg où ils sont entassés dans un train de marchandise d’où Raymond parvient à s’évader avec un camarade et à se cacher jusqu’à l’arrivée des troupes britanniques le 8 mai 1945.
Rongé par le typhus et la dysenterie, Raymond qui ne pèse plus que 28 kilos, est transporté à l’hôpital de Flensburg et n’est rapatrié en France par avion sanitaire que le 19 juin 1945. De retour à Chaumont, il apprend que son frère Daniel a été tué au maquis de Voisines en Haute-Marne le 30 juin 1944.
Parmi les 541 déportés français qui du Kommando de Wilhelmshaven, 269 sont morts en déportation dont 139 pendant la « marche de la mort » ; 99 ont disparu. Raymond Gourlin fait partie des 173 déportés du Kommando qui sont rentrés en France, où 32 sont décédés peu de temps après leur rapatriement.
Nommé après-guerre au SRPJ de Reims où il s’était installé avec sa famille, Raymond n’a cessé de perpétuer le souvenir de tous ses camarades morts en déportation, au sein de l’Amicale de Neuengamme dont il organisait les pèlerinages annuels, et dont il a fait un vecteur de la réconciliation franco-allemande, et dans le cadre de l’UNADIF, l’Union Nationale des associations de Déportés, Internés et Familles, dont il a présidé la section rémoise et dont il a été le porte-drapeau.
Il contribuait à faire chaque année, lors de la veillée du souvenir de la Déportation organisée par la Ville de Reims, un temps fort de la mémoire déportée dans notre ville.
En 2000, lors du 55e anniversaire de la libération des camps, à l’issue d’une conférence-débat organisée au Musée de la Reddition de Reims par l’AMFD, l’Association des Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation dont il était un fidèle adhérent, il a témoigné avec beaucoup d’émotion et a accepté que ses mémoires réunies sous le titre « C’était hier » soient mises en ligne sur le site Internet « Histoire et mémoires de la 2e guerre mondiale » du CRDP de Reims. Chaque année, il acceptait de venir témoigner auprès des jeunes collégiens et lycéens dans le cadre de la préparation au Concours national de la Résistance et de la Déportation.
Le 6 juin 2016, Raymond Gourlin qui était titulaire de la Croix du Combattant volontaire de la Résistance, de la Croix de guerre 1939-1945 avec palme, de la Médaille militaire, de la Médaille de la déportation et de l’internement pour faits de Résistance, et de la Médaille de réfractaire au STO, avait été élevé au grade d’officier dans l’Ordre de la Légion d’honneur.

Jean-Pierre et Jocelyne Husson

Mis à jour : mercredi 30 août 2017