DT 51 Décès d’Yvonne Châtelain


Notre amie Yvonne, qui vient de disparaître brutalement, reste pour tous les membres de l’AFMD un exemple de courage et d’engagement.

Fille d’un ouvrier syndicaliste, elle passe sa jeunesse à Alfortville et est marquée par l’engagement de ses parents pour le Front populaire et les républicains espagnols. En 1941, elle doit interrompre ses études pour travailler.

Au printemps 1943 elle rejoint le groupe des Auberges de jeunesse, et est rapidement contactée pour participer à la Résistance : prise de parole dans les cinémas, frappe de stencils et distribution de tracts. Elle est arrêtée par la Gestapo le 1er mars 1944, alors qu’elle n’a pas encore 18 ans et subit des interrogatoires brutaux. D’abord emprisonnée à Fresnes, elle est transférée au fort de Romainville, puis déportée le 18 avril à Ravensbrück par un transport qui dura 4 jours et trois nuits. Elle y est affectée à des travaux de terrassement.

Début juin, elle est transférée au kommando d’Holleischen, dans cette partie de la Tchécoslovaquie annexée par les nazis depuis 1938. Douze heures par jour elle est soumise au travail forcé dans une usine d’armement, où les machines peuvent blesser gravement et où les punitions sont nombreuses et cruelles.

Elle connaît la faim, le froid, et les châtiments qui frappent celles qui, comme elle, n’entendent pas se soumettre au joug nazi. Mais elle fait aussi l’épreuve de la solidarité entre ces détenues de différentes nationalités : témoignages d’amitié pour son anniversaire, actions communes qui permettent de fêter le 14 juillet ou de célébrer clandestinement la messe. Elle conserve l’espoir, alors même que la libération se fait attendre.

C’est en mai 1945 que les partisans tchèques et polonais libèrent ce camp. Son retour sera chaotique, mais elle retrouve ses proches et « la vie continue ». Mariée et mère de trois enfants, elle donne tout son amour à cette famille
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« Pour moi, c’est un honneur d’avoir su prendre une petite part dans cette lutte et, à présent, dans le fait de témoigner pour faire savoir que ça a existé et que ça peut encore arriver. » disait-elle récemment.

Devant les futurs enseignants, les élèves des lycées et collèges, elle n’a eu de cesse de porter cette parole faite d’espoir et de vigilance. Nous n’oublierons pas son action au sein de l’AFMD, comme pour l’Amicale de Ravensbrück où elle participait, ces derniers temps encore, à l’opération « Résurrection », mille rosiers à Ravensbrück en 2015.

Voir le témoignage d’Y. Châtelain sur le site de J.-P. Husson : http://www.cndp.fr/crdp-reims/memoire/enseigner/memoire_deportation/temoins51/chatelain_marchelidon.htm

Mis à jour : dimanche 11 mai 2014