« Ce cœur qui haïssait la guerre… »


Ce cœur qui haïssait la guerre voilà qu’il bat pour le combat et la bataille !
Ce cœur qui ne battait qu’au rythme des marées, à celui des saisons, à celui des heures du jour et de la nuit,
Voilà qu’il se gonfle et qu’il envoie dans les veines un sang brûlant de salpêtre et de haine.
Et qu’il mène un tel bruit dans la cervelle que les oreilles en sifflent,
Et qu’il n’est pas possible que ce bruit ne se répande pas dans la ville et la campagne,
Comme le son d’une cloche appelant à l’émeute et au combat.
Écoutez, je l’entends qui me revient renvoyé par les échos.
Mais non, c’est le bruit d’autres cœurs, de millions d’autres cœurs battant comme le mien à travers la France.
Ils battent au même rythme pour la même besogne tous ces cœurs,
Leur bruit est celui de la mer à l’assaut des falaises
Et tout ce sang porte dans des millions de cervelles un même mot d’ordre :
Révolte contre Hitler et mort à ses partisans !
Pourtant ce cœur haïssait la guerre et battait au rythme des saisons,
Mais un seul mot : Liberté a suffi à réveiller les vieilles colères
Et des millions de Français se préparent dans l’ombre à la besogne que l’aube proche leur imposera.
Car ces cœurs qui haïssaient la guerre battaient pour la liberté au rythme même des saisons et des marées,
du jour et de la nuit.

Robert Desnos,
1943 - ( L’Honneur des poètes)

Robert Desnos est né le 4 juillet 1900 à Paris.

Robert Desnos rencontre successivement Benjamin Péret, André Breton, Éluard et Aragon.

Robert Desnos apprécie et favorise les formes orales à l’écrit Pour lui , l’essentiel est alors de communiquer afin d’estomper les barrières entre milieux cultivés et milieux incultes.

En 1918, Robert Desnos publie des textes dans la Tribune des jeunes, une revue de tendance socialisante ; il est ensuite journaliste à Paris-Soir (1925-1926), puis aux journaux Le Soir (1926-1929), Paris-Matinal (1927-1928) et Le Merle.

Épris de liberté, son engagement politique ne va cesser de croître avec la « montée des périls ». Dès 1934, il adhère aux mouvements d’intellectuels antifascistes

Après la défaite, la vie à Paris est difficile : ses activités radiophoniques se font rares et sont étroitement surveillées. En juillet 1942, il entre dans le réseau de résistance Agir. Le 22 février 1944, Robert Desnos est arrêté et déporté dans plusieurs camps : Auschwitz, Buchenwald Flossemburg, Flohä.

En avril 1945, il est transféré jusqu’en Tchécoslovaquie, dans le camp de concentration de Theresienstadt, à Terezin. Épuisé par les privations, malade du typhus, il meurt le 8 juin 1945.

Terezin, mai 1945. rescapés des marches de la mort, au centre du groupe : Robert Desnos (il s’appuie sur l’épaule de l’homme à la veste noire). Il est très affaibli, affamé, certainement déjà atteint par le typhus.
On ignore la date exacte de cette photo. Surement entre le 8 mai (date de l’arrivée de Desnos et de ses camarades à Terezin) et le 4 juin... Le 4 juin, Desnos, qui a été reconnu par l’infirmier Josef Stuna, est à l’hôpital, dans les "baraques sud". Il meurt le 8 juin.

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Mis à jour : mercredi 2 décembre 2015