Assemblée générale de la DT 75-AFMD – 29 mars 2014


Mot de la Présidente : Résister aujourd’hui

Bonjour à toutes et à tous.

D’abord, j’ai le plaisir de souhaiter la bienvenue aux nouveaux arrivants, notamment aux membres de la FNDIRP que nous avons le grand honneur d’accueillir parmi nous.

Votre expérience humaine dans des situations d’extrême oppression, votre compétence, votre histoire sont pour nous d’un très grand enrichissement puisque vous êtes les témoins d’une histoire dont nous souhaitons transmettre la mémoire. Votre présence parmi nous est une leçon de courage et de persévérance.

Aujourd’hui, nous sommes à une époque charnière où la mémoire de la Déportation va progressivement laisser la place au travail des historiens et à une nouvelle forme de transmission. C’est pourquoi, j’ai choisi de consacrer mon mot de bienvenue à une sorte de programme rendu encore plus nécessaire après les résultats du premier tour des élections municipales : résister aujourd’hui.

En effet, la montée de l’extrême droite a de quoi nous inquiéter d’autant plus qu’elle ouvre la porte à un renfermement sur soi censé nous sortir de la crise, alors qu’il nous éloigne davantage des valeurs humanistes qui sont à la base de la démocratie.
Je donnerai un premier exemple avec la manipulation d’un langage qui nous constitue dans notre mémoire et notre identité, le mot « résister ».

En France, une association d’extrême droite s’est appropriée le mot « résistance » pour propager leurs mots d’ordre racistes envers les maghrébins et les noirs. Il s’agit du groupe « Résistance républicaine » qui a fait courir des rumeurs à Niort, Limoges, Laval, selon lesquelles les habitants blancs de ces villes seraient menacés par l’arrivée massive d’habitants de couleur en provenance du 93. Ils emploient le mot de « déportation » disant que les habitants de Seine-Saint-Denis sont « déportés » en Charente pour obliger le moindre village français à pratiquer le multiculturalisme. Leur idéologue appelle cela « le grand remplacement », langage qui fait écho à celui des nazis lors de leur occupation de l’Europe centrale.

La rumeur est un instrument de dissociation de la communauté nationale. Elle dissout notre confiance dans la parole en activant des peurs archaïques de l’Autre et de l’étranger. Pour ne pas se laisser piéger par les rumeurs malfaisantes, il faut donc développer l’esprit critique et la recherche des faits exacts. Détourner les mots porteurs d’une signification structurante, propager des rumeurs, c’est ce qu’on appelait autrefois la propagande. Son contrepoison réside d’abord dans notre authenticité et l’amour de la vérité.

Notre responsabilité d’association des Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation implique d’être conscient de ce qui se passe aujourd’hui, en Europe et dans le monde afin de porter les valeurs humanistes qui nous sont chères et de s’en faire les témoins vivants.

Je vous souhaite une bonne assemblée annuelle de la DT 75.

Marie-Josèphe Bonnet

Mis à jour : jeudi 10 avril 2014