Allocution à l’inauguration du Mémorial Urbés le 11 sept.2016


AFMD 68 -
Arlette Hasselbach Présidente AFMD 68

"Mesdames, Messieurs, Chers amis,

C’est avec beaucoup d’émotion que je salue nos chers anciens Déportés ici présents :
M. Léon Humpich Président d’Honneur de la FNDIRP du Haut-Rhin,
M. René Baumann dont l’incroyable parcours dans les camps de Mauthausen, Neue Bremm , Natzweiler Struthof, Allach, Melk et Ebensee vient d’être publié dans un livre dont le titre est « VOUE A DISPARAITRE » Déporté NN.
Mme Monique Hesling-Boulanger, déportée à 17 ans au camp de femmes de Ravensbrück.
Et je vous transmets à vous tous le message des 6 personnes qui ne sont pas là pour des raisons de santé.
Ils nous disent : Nous sommes avec vous en cet instant, par la pensée et par le cœur. Merci de continuer à porter le flambeau de la connaissance et de la Liberté.
Génia Obeuf de Nevers, déportée à 18 ans à Auschwitz et victime des stérilisations criminelles nazies, m’a dit : Comme je regrette de ne pas pouvoir me déplacer. Je veux remercier tous ceux qui se sont engagés dans ce beau projet, les édiles, les Elus locaux qui ont fait le pari du soutien et de la réussite et surtout les jeunes et leurs professeurs. Je suis reconnaissante pour ton travail Arlette, car je sais que ce lieu d’Urbès va être un lieu vivant où nous et nos camarades morts continueront à exister et à vous inspirer.
Et je veux répondre : oui Génia, ce que vous nous transmettez sans relâche, c’est un message de vie et de lutte !
Vous avez choisi de témoigner encore et encore, vous avez transmis la force du courage pour dire NON à l’humiliation et à la destruction, vous nous transmettez aujourd’hui la volonté de faire triompher le meilleur dans l’homme…et nous savons que cette lutte ne sera jamais terminée ;
Votre regard plein de vie, affectueux, souvent malicieux, continue à nous accompagner et nous avons besoin de vous.
Chers visiteurs de ce jour , je veux maintenant répondre aux deux questions qui se posent quand on visite ce lieu :
Pourquoi avons-nous réalisé ce projet ?
Quel est le fil rouge qui nous relie du passé au futur ?

Pour commencer je dirai qu’aucune action, aucune invention, aucune pensée ne se produisent de manière isolée !
Ce qui est inauguré aujourd’hui est le fruit d’une longue chaîne humaine qui a commencé par le malheur et l’enfer de la Déportation et qui nous rassemble aujourd’hui dans une volonté d’aller de l’avant et de semer des graines d’intelligence parmi nous, pour construire l’avenir.
Depuis plusieurs années il y a eu de nombreuses personnes qui se sont préoccupées de maintenir ce lieu de mémoire…
Chacune à sa manière a été un PASSEUR DE MEMOIRE et un PASSEUR D’HUMANITE.
Heureusement pour nous tous, les écrits, les dessins et les récits des Déportés nous permettent de reconstituer leur réalité vécue et de donner de la chair aux recherches des historiens.
Mémoire et Histoire sont complémentaires. Pour URBES c’est le témoignage de Monsieur Ernest GILLEN, Luxembourgeois, qui a permis d’avoir une remarquable base d’information.
Mme GILLEN Adèle son épouse, m’a transmis un petit mot :
« Je ne peux pas envisager ce grand déplacement, mais sachez que le Tunnel d’Urbès est resté constamment dans le cœur de mon Mari ; il ne voulait pas que ce lieu soit oublié un jour ». Sa fille Denise aujourd’hui décédée, a elle-même contribué à la diffusion du livre de témoignage pendant de nombreuses années. Je salue aujourd’hui M. Josef Weis-Gillen son gendre qui nous a rejoints et qui représente la Délégation Luxembourgeoise.
Les cérémonies du Souvenir (le dernier dimanche d’avril de chaque année) ont toujours été très fréquentées sur ce site. Le Souvenir Français, Section de Saint Amarin s’est particulièrement engagé dans le maintien du Souvenir, les plaques fixées aux murs en témoignent. En 2005 M. Wehrbach, et son épouse entreprennent des recherches de témoignages, et réalisent des photos. En 2007 ils éditent un ouvrage (qui est encore disponible actuellement).
Ce travail relance l’intérêt pour l’histoire de ce lieu. Toutefois je constate que peu à peu la Mémoire s’effiloche et reste dans un cercle de plus en plus restreint… la nécessité de transmettre le savoir devient évidente pour nous. Que faire pourtant quand on sait que nous n’aurons pas l’autorisation de rentrer dans le tunnel ? Nous sommes alors en 2008…
Claude Ehlinger le Maire d’Urbès décide de lancer un projet qui rassemble la période avant- guerre et la période nazie. Il a soutenu les travaux de recherches de Raphaël Parmentier qui a rassemblé toute l’histoire du chemin de fer qui devait traverser le massif vosgien et l’esquisse de panneaux se met en route.
Je vous fais grâce des soubresauts et des obstacles rencontrés…finalement en 2010 le projet reprend sous la houlette de la Communauté des Communes. A ce moment-là commence un formidable échange de partenariats, de recherches d’archives historiques du camp de concentration et de belles complémentarités se tissent des deux côtés du Rhin !
Et là je ne peux citer toutes les nombreuses personnes ici présentes qui peu ou prou ont apporté aide et soutien.
Les mémoriaux et leurs services pédagogiques Le CERD, Mme Neau-Dufour, la Fondation de la Mémoire de la Déportation Paris et en Allemagne les Gedenkstätte de NECKARELZ, OSTHOFEN et HINZERT. Madame Dorothee ROOS a été une aide très attentive et coopérative avec M.Arno Huth. Je les en remercie. Je dois dire qu’avec l’ensemble des partenaires nous avons à présent de réels liens d’amitié et d’estime, avec un rayonnement international.
Simultanément il a fallu partir à la recherche de fonds financiers car le projet de la fresque devait absolument démarrer à la rentrée scolaire 2013 et les travaux de recherches de Mme Kubler en 2014. Grâce au don important de la FNDIRP 68 j’ai pu faire la commande des travaux de la fresque au Lycée du Bâtiment de Cernay. Sans la FNDIRP du Haut-Rhin je peux dire aujourd’hui que ce projet ne se serait pas réalisé ainsi dans sa diversité de travaux et avec des jeunes apprentis et lycéens.
Les Députés alsaciens Mme Arlette Grosskost que je remercie ici personnellement pour sa confiance, MM. Sordi et Reitzer ont aussi fait le pari de la réussite.
En 2015 nous partons en Russie avec les élèves de la fresque avec le soutien de l’association « Chantiers Humanitaires et Coopératifs Internationaux » ; à Tambov nous foulons le sable de la forêt de RADA où se trouvent les sépultures des Alsaciens et Mosellans Incorporés de Force dans la Wehrmacht.
Très vite avec Denis nous avions senti la nécessité de faire ce voyage avec les jeunes ; la double tragédie des familles alsaciennes et mosellanes revenait en force au fur et à mesure que le travail de la fresque avançait. Dans une même famille existait souvent un terrible déchirement : déportation pour les uns et incorporation de force pour les autres ! La loi de la « Sippenhaft » punissait toute la famille en cas d’opposition ou de fuite… Notre histoire est très compliquée, mais il s’agit de nos racines. La méconnaissance de notre histoire, l’ignorance et les préjugés, ont été à l’origine d’un certain silence et du rejet d’une réalité douloureuse…
Rappelons-nous que plus de 400 000 alsaciens et Mosellans avaient déjà été « évacués » en deux jours les 2 et 3 septembre 1939 à la déclaration de guerre. Transportés dans le Sud-Ouest de la France, et dans le Massif Central, ces « réfugiés » ont connus le malheur de tout abandonner pour se mettre à l’abri des bombes….en 1940 c’est une vague d’expulsion par les nazis qui font le tri des indésirables…comment rester indifférents aux réfugiés d’aujourd’hui quand les générations qui nous précèdent ont connu cela ?
Alors je réponds à la première question – pourquoi ce projet ?
Parce que nous allons maintenant plus loin que d’éviter l’oubli.
Les anciens Déportés nous ont légué leur histoire, ils nous disent « voilà ce que l’idéologie nazie a produit comme horreur, voilà la mise à mort programmée et voilà ce que l’on m’a fait ».
Ensuite, avec les témoins et les historiens, la mise en lumière de l’ensemble du système concentrationnaire a commencé : cette pieuvre qui libère les instincts les plus archaïques et les plus cruels de l’homme. Le culte de la violence, du mépris, de la déshumanisation et de la mort.
Mais ce système draine des fonds financiers astronomiques, produit des réseaux économiques et financiers, engendre une économie florissante pour ceux qui adhèrent, et cela au prix de la mort de ceux qui sont opposants, ou jugés inutiles, ou déclarés de race inférieure. 5 700 000 déportés pour le travail obligatoire, 7 000 000 de prisonniers de guerre. La caractérisation du nazisme est l’aspect industriel et scientifique de l’exploitation des humains et de leur extermination.
2 223 camps et lieux de détention sont dénombrés à ce jour. La Déportation nazie se définit par 2 type de déportation : la REPRESSION dès 1933, pour les allemands opposés à Hitler et ensuite pour tous les résistants et opposants des pays envahis. 1 850 000 de prisonniers politiques en camps de concentration. En 1942 c’est la mise en œuvre de la Déportation D’EXTERMINATION, le génocide juif 5 500 000 pour raison raciale ainsi que les tsiganes, Sinti et autres minorités jugées nuisibles. (chiffres 2011 FIR).
Cette description doit nous faire réfléchir car l’idéologie nazie a fasciné beaucoup de monde et continue à séduire aujourd’hui….
Pour transmettre ces connaissances il faut des lieux comme celui qui nous rassemble aujourd’hui. Un mémorial est un lieu pour apprendre à penser, et pour accueillir les émotions qui montent en nous inévitablement ; Celui qui est en contact avec lui-même peut ainsi mieux se comprendre et mettre en œuvre ses possibilités d’agir pour avancer vers plus d’humanité et de fraternité.

Le fil rouge qui relie passé et avenir est justement la mise en perspective des événements.
Le travail de mémoire permet de dépasser les traumatismes et les malaises refoulés. Il permet de s’exprimer et de comprendre par les ARTS.
Peinture, musique, chants, poèmes, théatre ont permis de résister dans les camps, mais aussi aujourd’hui.
C’est pour cette raison que nous vous proposerons le chant créé au Struthof « La Voix du Rêve » interprété à capella par M. Kirchmeyer Daniel Président de la Chorale de l’Amitié de Thann – et ensuite un duo russe qui nous interprètera un répertoire de chants populaires avec un message d’amour.

Comprendre ce qui s’est passé permet d’être VIGILANTS AUJOURD’HUI, tout en s’ouvrant sur l’avenir.
Il s’agit de chercher des solutions qui permettent de vivre en Paix, de trouver des chemins qui ouvrent sur l’émancipation des humains.
Prenons conscience que nous avons des responsabilités dans nos choix de vie, individuellement et collectivement !

Merci d’être venus ce jour et soyons des relais de bienveillance et de courage !"

Arlette Hasselbach – Présidente AFMD du Haut-Rhin

Membre du Conseil d’Administration des AMIS DE LA FONDATION POUR LA MEMOIRE DE LA DEPORTATION – PARIS.
Membre actif du Comité Départemental et de la Section de Mulhouse de la FNDIRP Haut-Rhin
Membre du Bureau de l’Amicale des Déportés du KL Natzweiler-Struthof
Membre du Comité Directeur de l’AMAM – Amis du Mémorial d’Alsace Moselle.

Mis à jour : lundi 12 septembre 2016