Aincourt


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A peine au pouvoir , Pétain s’attaque à ceux qui sont pour lui « l’Anti-France » (les Juifs, les communistes, les étrangers, les francs maçons, dénaturalisation des Juifs (22 juillet 1940), premier statut des Juifs (3 octobre 1940) )

Dès septembre 1940, le ministre de l’intérieur de Vichy, Marcel Peyrouton s’alarme en effet de la recrudescence de la propagande communiste « qui continue à se développer dans la région parisienne.

Chaque nuit, de nombreux papillons sont apposés sur les murs, des tracts sont distribués, des numéros spéciaux de l’« Humanité » clandestine se passent sous le manteau. Ces tracts, papillons, pamphlets et journaux attaquent avec violence le Gouvernement » .

La décision est prise d’interner les militants communistes connus et jugés particulièrement actifs.

Des bâtiments du sanatorium d’Aincourt à La Bucaille, par Fontenay-Saint-Père (Seine-et-Oise) sont réquisitionnés à cet effet.

Aincourt devient ainsi le premier « Camp d’Internement Administratif de la Zone Nord », puis « Centre de séjour surveillé ». Il héberge tous les indésirables désignés par les préfets des départements de la Seine et de la Seine-et-Oise, en dehors de toute enquête et de tout jugement, au seul motif qu’ils pouvaient être dangereux pour la défense nationale.

Peyrouton se félicite du choix effectué pour ce camp.

« Dès le 5 octobre, le Sanatorium d’Aincourt, actuellement vide de malades, a été aménagé pour l’internement des individus dangereux pour la sécurité publique.

Ce sanatorium permet de détenir dans des conditions excellentes d’hygiène, de commodité, et de surveillance, un nombre important de détenus.

L’accès du sanatorium, distant de Paris de 70 km et dont la gare la plus proche est à 12 km, est particulièrement difficile et onéreux.

Son éloignement de la région parisienne et les difficultés ferroviaires permettront d’éviter un défilé continuel de parents et de camarades, source d’incidents parfois sérieux.

L’isolement du camp d’internement présente toutes les garanties désirables.

Le 5 octobre, les services de la Préfecture de Police ont conduit au camp d’Aincourt, 182 individus internés en vertu du décret du 18 novembre 1939. Tous ces internés sont des militants communistes, la plupart dangereux. Parmi eux se trouvent : 2 députés de la Seine , 15 conseillers généraux, 40 conseillers municipaux de la Seine, 2 membres importants de l’ex-C.G.T.U. La Préfecture de Police a fait connaître que d’autres individus seraient prochainement internés et il est à présumer qu’avant peu, lorsque le contingent de Seine-et-Oise aura rejoint, tous les pavillons seront utilisés » .

Regroupé au Stade Jean Bouin à Paris les militants sont emmenés par cars à Aincourt. Au total, plus de 300 militants communistes, syndicalistes ou d’organisations dites « d’avant-garde », sont envoyés à Aincourt au début octobre 1940.

Le pavillon des hommes de l’ancien sanatorium sur le site de la Bucaille, est conçu pour 150 malades, mais fin octobre, le camp d’internement compte déjà 367 hommes et 670 fin décembre.

Les bâtiments sont gardés par des gendarmes français et sous contrôle total des autorités de Vichy. Le camp est administré par le commissaire Andrey.

Les Allemands vont puiser parmi eux nombre d’otages pour la déportation ou le peloton d’exécution. Au fil des mois, l’internement reste à prédominance communiste.

Le camp d’Aincourt est très tôt rempli. Les responsables du gouvernement Pétain envisage le transfert, en Afrique du Nord. puis ils vont progressivement vider le camp.
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Le Parti Communiste, malgré une forte répression, reste est très implanté dans la région parisienne. Les autorités craignent une attaque du camp. La fermeture d’Aincourt est décidée. Le camp de Voves est ouvert . Dans ce camp les infrastructures sont déjà existantes pour interner des civils. Par sa situation géographique il n’est pas trop éloigné de la région parisienne mais la proximité de militants communistes est évité.

Au début de 1942, le camp des hommes est fermer . Ils sont transférés dans d’autres camps : Châteaubriant, Voves, Rouillé, Clairvaux, Fontevraud, Poissy, Rambouillet, Gaillon… et Compiègne . Le camp pour l’internement des femmes, qui arrivent en mai 1942 venant du camp de Châteaubriant fermera définitivement le 15 septembre 1942.

Le camp d’ Aincourt servira a entraîner les miliciens des Groupes Mobiles de Réserve (GMR).

En tout, 1500 militants et militantes seront internés à Aincourt. Neuf d’entre eux seront fusillés à Châteaubriant le 22 octobre 1941, 9 autres à Rouillé en avril 1942 et la plupart seront déportés dans les camps de concentration nazis.

Sources :
Amicale de Chateaubriant-Voves-Rouillé

blog de Mme C.Cardon Hamet, professeur agrégé, docteur en Histoire

"Aincourt, le camp oublié » de Roger Colombier paru aux éditions Le Temps des Cerises.

Fernand Devaux, déporté par le convoi du 6 juillet 1942 à Auschwitz , matricule 45472 est président de l’Association « Mémoire d’Aincourt ». Il milite pour la réhabilitation du bâtiment en ruine du camp d’Aincourt

[1Le 4 décembre 1940, 100 internés sont dirigés sur la centrale de Fontevraud, via la centrale de Clairvaux, puis le camp de Châteaubriant. Le 7 avril 1941, 54 internés sont transférés vers la centrale de Poissy, puis le camp de Châteaubriant. Le 5 juin 1941, 31 internés sont dirigés sur les prisons de Gaillon et Rambouillet. Le 6 septembre 1941, 149 internés sont envoyés dans le camp de Rouillé, Le 6 octobre 1941, 150 internés sont transférés à Rouillé.Le 27 juin 1941, Quatre vingt huit internés d’Aincourt sont transférés à Compiègne. Le 9 février 1942, 21 internés d’Aincourt sont transférés à Compiègne (13 d’entre eux seront déportés à Auschwitz).

Mis à jour : mercredi 30 septembre 2015