AFMD-DT 29 - 24 avril 2016 - HOMMAGE AUX OTAGES MORLAISIENS


Nicole Léon (à droite sur la photo), fille de René Petit, otage morlaisien (à gauche sur la photo) nous livre son poignant témoignage à la mémoire de son père disparu en déportation au camp de Hradischko mais aussi à la mémoire des 59 autres otages partis de Morlaix le même jour que lui.

En cette journée dédiée au souvenir de la Déportation, rassemblés au pied de cette stèle, souvenons nous…
L’ Armée allemande occupe la France et une grande partie de l’Europe !
1943 … notre Ville, profondément meurtrie par le bombardement du viaduc en janvier, pleure encore ses victimes et ne peut imaginer, en ce 24 décembre, qu’elle s’apprête à vivre d’autres jours très sombres qui feront son histoire.
- Noël !… Rue de Brest, dans les « salons Quiviger », salle de bals transformée en Foyer du Soldat allemand, cadres et soldats, s’abandonnent à la fête quand, lancée de la rue Gambetta, une grenade fait voler en éclats la verrière, explosant au milieu de la piste de danse… Les autorités d’occupation ne délivrent aucun bilan immédiat de cet attentat. Plus tard, on fit état de 17 blessés dont certains grièvement atteints. L’acte n’étant pas revendiqué, la riposte s’organise ; ainsi , dès l’aube, le dimanche 26 décembre, les troupes encadrées par les feldgendarmes et des éléments de la sinistre Gestapo envahissent la Ville, effectuant une rafle massive. Dans les rues, les immeubles, sortis de leur lit et sans ménagements, sont arrêtés les hommes valides de 15 à 40 ans. Au terme de plusieurs heures de chasse à l’homme, Place Thiers, entre kiosque et mairie, quelque 400 hommes sont parqués .
Hasard ? suspicion ? sont-ils les critères d’une sélection qui s’opère alors, en désignant 60 d’entre eux qui, sommés de marcher en colonne, encadrés par des soldats en armes rythmant par des tirs de dissuasion leur progression, seront détenus à l’aérodrome de Ploujean, à deux pas d’ici, dans trois baraques et des conditions d’habitat, nourriture et hygiène plus que précaires. Un Officier allemand désigne le Docteur Mostini responsable du groupe, menace de le fusiller à la moindre tentative d’évasion, évoque de possibles représailles sur les proches. A Morlaix, l’émotion est considérable, les familles angoissées. Les autorités locales françaises réclament leur libération auprès de la kommandantur mais n’obtiennent rien de plus qu’une autorisation à porter aux prisonniers vivres et vêtements, sous la surveillance de soldats.

Au bout d’une semaine, le dimanche 2 janvier, embarqués dans trois camions bâchés, les otages quittent l’aérodrome, sous bonne escorte, mitraillettes braquées, pour atteindre la gare où sont stationnés trois wagons à bestiaux. La rumeur de ce départ imminent se répandant comme traînée de poudre, une foule se presse place de la gare, contenue par des soldats … familles, amis, dévalant les « Cent Marches », se retrouvent Place Thiers, pour voir passer le convoi. Tandis que la foule entonne « la Marseillaise », de ce train aveugle franchissant le viaduc un chant s’élève « ce n’est qu’un au-revoir… » Ce fut un chant d’adieu pour trente deux d’entre eux qui ne reverront pas notre Cité !
Un otage est libéré, notre usine à gaz locale ne pouvant se priver de sa compétence.

Au Camp de Royal Lieu à Compiègne, première étape de leur voyage, le Docteur Mostini libère la parole de tous les otages, les invitant à s’échapper s’ils le peuvent, lui-même et quatre autres y parvinrent plus tard, s’évadant du train.

Transférés le 22 janvier par le convoi I. 172 et après le constat des évasions, c’est dans des conditions inhumaines que les otages arrivent à BUCHENWALD en Thuringe, porte de l’enfer concentrationnaire, où, devenus des matricules, ils seront confrontés à l’horreur. Là, les morlaisiens sont séparés, certains dirigés le 24 février 1944 vers d’autres camps tels FLOSSENBURG et son kommando de HRADISCHKO en Tchécoslovaquie.

TRENTE DEUX de nos Otages, dont ce granit porte les noms, ont perdu la vie dans ces camps. Parmi les rescapés, malades, épuisés, certains n’ont pas survécu. Les autres, profondément marqués tant psychologiquement que physiquement se sont longtemps tus !… puis des années plus tard deviendront des Témoins.

Citant Victor Hugo (extrait des « Contemplations ») et pour conclure :
.. « De ceux qui restent… à ceux qui passent :
Infortunés ! Déjà vos fronts s’effacent,
Quoi ! Vous n’entendez plus la parole et le bruit !
Quoi ! Vous ne verrez plus ni le ciel ni les arbres ?
Vous allez dormir sous les marbres !
Vous allez tomber dans la nuit !… »

Par notre présence ici, en ce jour du souvenir, nous, passeurs de mémoire, oeuvrons pour qu’ils demeurent à jamais en pleine lumière.

Mis à jour : jeudi 28 avril 2016