A Compiègne, 1943.


I

De tous les coins de France,

Nous sommes arrivés

Ramassés par malchance

Nous voilà prisonniers.

Certains se désespèrent

Et se font des soucis,

Oublions nos misères,

Tous en chœur chantons ceci :

Refrain

À Compiègne, à Compiègne,
Dans ce camp partout cerné
De barbelés.
À Compiègne, à Compiègne,
Nous avions pour tout décor
Des miradors
À Compiègne, à Compiègne,
Du matin jusqu’au soir
On vit dans l’espoir.
Aussi le moral est bon,
Car bientôt nous partirons
De Compiègne.

II

Dans ce lieu d’infortune

Jamais nous ne voyons

De blondes ou de brunes

Bah ! Nous nous en passons

Mais faute de sirènes

Aux cheveux ondulés

Dans le camp toute la semaine

Nous apercevons les frisés

Refrain

III

Où sont nos cuisinières

Et leurs mets succulents

L’bifteack aux pommes de terre

De nos petits restaurants

Plus jamais on ne mange

De ces bons petits plats

Mais par contre en échange

On nous sert des rutabagas

Refrain

IV

Nous buvions tant de choses

Vin, apéros, liqueurs

Qu’nous avions la cirrhose.

Tout au moins des aigreurs

Mais là, plus de chopines

De c’gros rouge d’autrefois

Y a qu’à la Boldoflorine

La meilleure tisane pour le foie

Refrain

V

L’Français qu’aime les combines

Se fit d’la gratte toujours

Au bureau, à l’usine

On grattait comme des sourds

Même à nos ménagères

Nous grattions quelques sous

Maintenant ça ne change guère

Tout’ la journée on s’gratte les
poux

Refrain

VI

Tous on couche sur la paille,

L’électeur, le Député,

Le curé avec ses ouailles,

Le pauvre et le banquier,

L’contribuable sans malice

Couche près du percepteur,

L’commissaire de police

Ronfle auprès d’un cambrioleur.

Refrain

VII

Des hommes au temps naguère

Nous avaient divisés

Mais frères dans la misère

Nous voilà rassemblés

Laissons nos divergences

Et rapp’lons nous après

Qu’il n’y qu’une France

Et qu’avant tout nous sommes
français

Chanson créé par Jean Maupoint, interné à Compégne, déporté à Buchenwald transféré à Dora

Mis à jour : mardi 12 janvier 2016