70e anniversaire de la libération des camps Réunion publique dans un village


En cette année commémorative, l’AFMD-77 est à l’initiative d’un certain nombre d’événements. Notre DT n’oublie pas les toutes petites communes. Et c’est ainsi que, samedi 11 avril, jour de la libération du camp de Buchenwald, l’exposition de la FMD « Les camps de concentration nazis – 1933-1945 » était présentée à Chevry-sous-le-Bignon, un petit village du Loiret de 231 habitants, limitrophe de notre département de Seine-et-Marne.

Notre amie déportée, Ginette Kolinka, membre de notre DT, avait accepté de venir témoigner et, heureuse surprise, la salle municipale était pleine avec 40 personnes présentes.

Ginette Kolinka est née le 4 février 1925, à Paris, dans une famille nombreuse d’origine juive russe, immigrée depuis deux générations et non pratiquante. En 1941, ses oncle et beau-frère sont parmi les premiers Juifs arrêtés. En juillet 1942, la famille est avertie d’un risque d’arrestation, car supposée communiste. C’est la fuite en zone « libre ». La famille s’installe en Avignon et y travaille sur les marchés. Mais en mars 1944, la Gestapo vient arrêter les hommes de la famille, son père, son frère, Gilbert, douze ans, et son neveu, Georges Marcou, quatorze ans, et Ginette est embarquée avec eux. Ils passent par la prison d’Avignon, puis celle des Baumettes à Marseille. Transférés à Drancy, ils sont déportés par le convoi n°71 du 13 avril 1944 en wagons à bestiaux jusqu’à Birkenau. Son père et son frère sont gazés à l’arrivée. Ginette entre dans le camp des femmes, son neveu dans celui des hommes. À la mi-novembre 1944, elle est envoyée en train à Bergen-Belsen, puis, en février 1945, à Raguhn, à côté de Leipzig où elle travaille en usine. En avril 1945, nouveau transfert, lors d’un « voyage » très éprouvant de huit jours, jusqu’à Theresienstadt. Ginette est atteinte du typhus. Libérée, elle est rapatriée par les Américains en avion sanitaire.

Au retour, elle ne parle à personne de sa déportation. Elle se marie, reprend son travail sur les marchés. Elle a aujourd’hui un fils et deux petits-fils. Ce n’est qu’en 2000 qu’elle commence à témoigner et, à plus de 90 ans, elle continue inlassablement, surtout auprès des jeunes dans les classes, au Mémorial de la Shoah, lors de voyages à Auschwitz, ou lors de manifestations publiques comme celles de Chevry où un public attentif et ému avait conscience du caractère exceptionnel d’un tel témoignage aujourd’hui.

Mis à jour : vendredi 17 avril 2015