2012 Gare de Nexon : Cérémonie commémorative de la rafle du 28 août 1942


La commémoration de la rafle du 28 août 1942 a eu lieu en présence de nombreuses personnalités dont Alex et Monique Halaunbrenner représentant l’Association des filles et fils de déportés juifs, de Monsieur Moïse Taïeb aumônier israélite de la zone de défense Sud-Ouest représentant Haïm Korsiac grand rabbin aumônier israélite des Armées.

Un aperçu des participants avec au premier rang Monsieur Nadam président de la communauté israélite de Limoges, Madame Joachim maire de Nexon, Mesdames Camille Senon et Fabienne Oliviero représentant l’AFMD.

Alex, Monique Halaubrenner et Claude Bérody président de la D.T.87

L’historien Guy Perlier de l’AFMD 87 faisant l’historique de cette monstruosité que furent les rafles dans toute la France.

29 AOÛT 1942 – 29 AOÛT 2012
Guy Perlier

COMMEMORATION DE LA RAFLE

Il y a soixante-dix ans jour pour jour se composait sur le chemin de fer de cette petite gare de Nexon, un des plus sinistres convois de notre histoire contemporaine. 458 personnes furent embarquées en cette occasion : enfants, femmes et vieillards dans des wagons de voyageurs à compartiments, hommes adultes dans des wagons à bestiaux garnis de paille.

Ces gens qui partaient sous la garde de gendarmes français étaient tous des étrangers au regard des lois restrictives du gouvernement de Pétain : Polonais, Allemands, Autrichiens, Lettons, tchèques…Apatrides. Ils s’étaient jetés dans les bras de la France, patrie des droits de l’homme. Parce que tous étaient juifs. Ils avaient été martyrisés dans le cadre du Reich allemand puis exclus, déracinés et en ce 29 août 1942, leur ancien bourreau les réclamait pour les exterminer dans des camps qui s’organisaient en industrie de la mort à l’est de l’Europe conquise par la Wehrmacht. La France n’était plus la France. La France n’était plus la République. Pétain l’avait signifié dés sa prise de pouvoir en en supprimant la devise. L’Etat français de Pétain avait non seulement accepté la défaite mais s’était compromis dans une collaboration avec Hitler qui en ce 29 août 1942 devenait criminelle à l’aune d’une élémentaire humanité. Son gouvernement dirigé par Laval où le Secrétaire d’Etat Bousquet dirige les forces de police, caresse même alors l’espoir de jouer un rôle dans l’Europe allemande. Aussi tient-il à prouver sa compétence en faisant assumer le ramassage des juifs réfugiés par la police française. La rafle parisienne dite du « vel’ d’hiv », en juillet, fut d’une grande efficacité, elle inspira du respect aux autorités allemandes et valut à Bousquet et à Laval des marques de leur considération. Encore l’événement avait-il été perpétré à Paris, en zone occupée. Les négociations menées par le représentant à Paris d’Eichmann, Danneker, et le commissaire Général aux questions juives français, Darquier, avaient abouti à engager la France à livrer au Reich 30 000 juifs étrangers en provenance de zone occupée mais aussi 10 000 de la zone sud, non occupée. C’est ainsi que le gouvernement de Pétain fit de cette partie de France le seul état d’Europe dirigé par un gouvernement indépendant à livrer des juifs à la persécution nazie. Sa xénophobie et son antisémitisme congénitaux faisaient qu’il ne mesurait guère le degré d’ignominie de son acte.
Dans toute la zone sud, donc, région par région, fut planifiée la rafle des juifs étrangers réfugiés. Sous les ordres de Bousquet et du Conseiller d’Etat Secrétaire Général à la Police Cado, les préfets régionaux relayés par les préfets et sous préfets des départements lancèrent toutes les brigades de gendarmerie sur la piste des victimes désignées.
Elles étaient d’ailleurs déjà bien cernées, ces victimes, par un appareil répressif mis en place ou renforcé sur toute la zone sud dés la prise du pouvoir de Pétain : contrôle administratif des étrangers par commune, assignations à résidence, centres d’hébergement particuliers, Groupes de Travailleurs étrangers, Camps de Séjours Surveillés dressés ou implantés sur tout le territoire de la seule responsabilité du gouvernement de Vichy, autant de pièges, autant de nasses pour les prédateurs ! Les maisons de l’œuvre de Secours aux Enfants juifs (« osé ») étaient aussi régulièrement contrôlées et surveillées.

Le 26 août, la machine est lancée. Les gendarmes transformés par le pouvoir en exécuteurs de basse besogne fondent sur des victimes le plus souvent ébahies. Comment la France pouvait-elle s’abandonner à une telle négation de ses valeurs fondatrices ? Une demi-heure est laissée aux raflés pour rassembler leurs affaires essentielles. Il faut faire vite, on craint les rassemblements et les mouvements de solidarité. Par taxis réquisitionnés, camionnettes, autobus, camions, les victimes sont rassemblées en convois et regroupées dans des camps de précriblage préexistants ou organisés pour l’occasion : cartoucherie de Boussac en Creuse, Ecole Nationale Professionnelle d’Egleton et camp d’Auchères en Corrèze, camp de Douadic dans l’Indre, Habitations à Bon Marché de Strasbourg à Saint-Pardoux-la-Rivière et château du Roc à Le Change en Dordogne.
Les victimes sont là regroupées par familles, interrogées, contrôlées, invitées à déposer leurs valeurs. Certaines sont exemptées parce qu’elles ne répondent pas aux critères de sélection : critères de santé, de nationalité, de regroupement familial… Les autres sont transportées en convoi et arrivent à NEXON, le 28 août, où de nouveau elles sont contrôlées, interrogées, dépossédées, rassurées enfin par un envoyé de Vichy qui leur laisse espérer une installation en Galicie dans une colonie de travail organisée par les Allemands, en famille : mensonge infâme assumé par le pouvoir.
Fin du criblage.
Le 29, dans la discrétion de la nuit, il n’est pas encore une heure, le triste cortège des partants auxquels les gendarmes imposent le silence, parcourt le chemin qui mène du camp à la gare. Le convoi est formé, les wagons sont composés, les portes sont fermées. Le train s’ébranle à 6 h 55. Il passe la ligne de démarcation à Vierzon, s’y arrête de 11 h 31 à 12 h 15 puis repart vers Paris et arrive à Drancy à 18 h 03.
Après une journée passée là, la majorité des raflés de Nexon sont intégrés au convoi n° 26 pour Auschwitz. La plupart des autres suivent dans le convoi 27. Sept jours seulement après leur arrestation dans leur refuge de la région de Limoges, les premiers sont gazés au zyklon B dans la petite maison blanche organisée par Eichmann à l’orée du camp d’Auschwitz puis ensevelis dans des fosses.
Il n’y a pire procès que l’on puisse dresser à l’encontre de la Collaboration que la présentation brute des faits.
Fort heureusement, sous l’Etat Français de Pétain, vibrait encore le cœur de la République.
Lorsque le 12 août le camp de Nexon est vidé de ses politiques, son commandant s’inquiète : l’administration lui annonce qu’il va recevoir environ 2000 « ramassés ». Très vite, après repérage des brigades de gendarmerie, les prévisions sont à la baisse : à la veille de la rafle, le nombre espéré passe à 1308. Finalement, environ 900 personnes sont arrêtées et conduites dans les camps départementaux et 680 (ou 690) à Nexon pour le dernier criblage. Au bout du compte et du tri, 458 partent pour Drancy. Le rendement du ramassage fut donc faible et même si on tient compte des 59 Travailleurs juifs Etrangers du camp de Soudeilles en Corrèze, directement dirigés sur Drancy à partir du camp d’Auchères le 23 août, il n’atteint pas les 40% des prévisions.
La rafle d’août, pourtant inattendue parce que la première en zone sud, pourtant minutieusement planifiée, avec toutes les précautions requises en matière de sécurité : arrestations rapides et discrètes, le plus souvent de nuit ou au petit matin, menaces adressées aux fonctionnaires en cas de défection et à la population en cas de velléités d’interposition, s’est soldée malgré tout par un demi-échec. Il n’est plus douteux que parmi les services préfectoraux et les brigades de gendarmerie, les premiers concernés en l’occasion, contre leur hiérarchie, des individus, mus par leur patriotisme, leur humanisme, leurs sentiments religieux ont pratiqué la désobéissance civile, se sont laissé aller à des indiscrétions salvatrices, ont rédigé des rapports faux ou complaisants ouvrant la voie à la foule des « justes » qui ont recueilli, caché et sauvé hommes, femmes, enfants traqués par les criminels antisémites.

Malgré tout, il nous a paru bien nécessaire aujourd’hui, dans la République forte où nous vivons mais qui connaît son lot de crises, de dilemmes et d’incertitudes, d’ancrer dans notre mémoire par cette manifestation, les méfaits commis par ceux qui, profitant de l’affaiblissement de la France, compromettant ses institutions et ses services, couvrant de l’honorabilité de leur légalité et de leur prestige les plus ignobles comportements, se sont volontairement écartés de nos principes et ont voué au pilori la devise universelle dont s’enorgueillit notre histoire et à laquelle nous voulons en ce lieu symbolique réaffirmer notre attachement :

LIBERTE, EGALITE, FRATERNITE

Mis à jour : lundi 7 décembre 2015