15 juin 2014 : Saint-Paul commémoration de la libération du camp par la résistance


Guy Perlier

DISCOURS de SAINT-PAUL

14 juin 2014

Il y a soixante-dix ans presque jour pour jour, le 11 juin 1944 dans l’après-midi, un détachement du maquis de Georges Guingouin établi à Jumeau commune de Saint-Méard, commandé par des enfants du pays, Gabriel Montaudon et Pierre Villachou, libérait le camp de Saint-Paul. Il mettait fin ainsi à l’expression la plus provocante dans le bocage limousin de l’autorité du gouvernement de Pétain qui avait substitué à la République un régime de type fasciste et un gouvernement de collaboration avec l’Allemagne nazie.

C’est en décembre 1940 qu’un camp d’internement fut ouvert ici, construit à partir d’une trentaine de baraques que l’armée avait précédemment implantées pour recevoir des réfugiés. Barbelés, guérites, chemins de frises et chemins de ronde parcourus par des gardiens armés, miradors, enceinte éclairée la nuit, voilà ce qu’il nous faut imaginer aujourd’hui en ce lieu : des images de guerre dans la paix retrouvée du bocage. Tous ces aménagements coûteux et choquants étaient ici destinés à emprisonner des Français. C’était la mission fixée par Pétain aux camps haut-Viennois : éléments de l’énorme archipel répressif mis en place dans toute la zone non-occupée, Nexon et Saint-Paul étaient chargés de contraindre et de surveiller des politiques français.
Le camp de Saint-Paul remplit ce rôle jusqu’au 11 juin 1944.

Les premiers internés de décembre 1940 avaient été transférés d’un petit camp de Dordogne, Le Sablou, au pays de Jacquou le croquant, communistes, cégétistes, anarchistes, pacifistes, arrêtés dés la déclaration de guerre, ils furent maintenus dans les camps de Pétain et les plus déterminés d’entre eux furent même exilés en Algérie en mars 1941. Vinrent ensuite les rejoindre des socialistes de la SFIO qui étaient soupçonnés de reprendre une activité politique bravant l’interdiction et la dissolution de leur parti.

A partir de la fin de 1942, puis de 1943, les opposants à la politique de l’Etat Français et à la présence de l’armée allemande se multiplient. Se lève alors tous les humanistes qui sont révoltés par les rafles des familles juives livrées aux nazis, tous les patriotes qui refusent que la jeunesse de France aille travailler en Allemagne dans le cadre du S.T.O. Et le camp de Saint-Paul de retenir dans ses baraques de nouveaux venus : de ceux qui éditent des faux papiers pour les juifs et les jeunes menacés du STO, de ceux qui les hébergent, qui les cachent, les nourrissent, leur font passer les frontières… de ceux qui collent des papillons anti collaboration, de ceux qui sont soupçonnés d’appartenir à la résistance, que la police a ramassés à proximité des lieux de parachutages destinés au maquis, qu’elle a arrêtés avant qu’ils ne s’embarquent pour Londres, de ceux que la milice a arbitrairement déclaré antinationaux, qu’elle qualifie d’indésirables, de métèques, de dégénérés…

Qui étaient réellement ces hommes ?
Il y eut derrière ces barbelés de Saint-Paul des personnalités marquantes :

trois députés ou sénateur qui eurent le courage de voter contre les pleins pouvoirs accordés à Pétain le 10 juillet 1940 :
René Nicod député communiste de l’Ain
Georges Bruguier sénateur S.F.I.O. du Gard
Henri Gout député radical de l’Aude

Il y eut un immense héro de la résistance, Jean Cavaillès, dont l’administration du camp n’eut pas le temps de comprendre l’importance parce qu’il s’évada deux mois seulement après son internement.

Il y eut les pasteurs Trocmé et Theiss et le directeur du cours complémentaire Roger Darcissac du Chambon sur Lignon qui mobilisèrent tout leur village pour protéger et sauver les juifs pourchassés.

Et beaucoup d’autres…

Mais la majorité de ceux qui furent retenus ici appartenaient à la France profonde et populaire. C’étaient des hommes simples de toutes les corporations, des représentants de la république dont ils maintenaient les idéaux sous Pétain.
Ici, Pétain a mené une guerre contre la république, ses valeurs, son école, ses instituteurs, contre la France du certificat d’étude et il l’a perdue.

Quel bel hommage aujourd’hui rendu par ces enfants de Saint-Paul dirigés par leur instituteur interprétant le chant créé et entonné au camp en décembre 1942 pour saluer l’évasion de Jean Cavaillès. Oui, quel bel hommage rendu à tous ces républicains que Pétain croyaient pouvoir faire taire ! Quel bel hommage !
Il n’eût pu en avoir de plus beau.

Mis à jour : lundi 7 décembre 2015