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Le travail de mémoire et son évolution aujourd’hui


LE TRAVAIL DE MEMOIRE ET SON EVOLUTION AUJOURD’HUI.

Cette réflexion a lieu au lendemain de la COMMEMORATION DU 65ème ANNIVERSAIRE DE LA LIBERATION DES CAMPS, et en particulier de celui de RAVENSBRUCK, où j’ai participé avec ferveur et reconnaissance, le 17 et 18 avril 2010.

Pourquoi ferveur et reconnaissance ?
Parce que ces femmes, déportées encore présentes aujourd’hui, avec leurs témoignages et leur vigilance, avec leur force et leur espoir en l’humanité, nous font accéder à la profondeur de l’âme humaine, et au courage de ceux et celles qui ont lutté pour la sauvegarde le la dignité de l’être humain.

Reconnaissance
car leur message, leur exemple nous force à rester les yeux ouverts, aujourd’hui. Elles nous disent : « Laisser l’oubli s’installer, c’est TRAHIR LA VOLONTE DE CEUX QUI ONT LUTTE ET RESISTE »

RAVENSBRUCK à 80 km au Nord de BERLIN, était un camp ouvert dès 1939 et destiné aux femmes. Il a été libéré le 30 avril 1945 par l’Armée Rouge.

132 000 femmes - 20 000 hommes et 1000 adolescents, originaires de 40 nations sont internés dans cet énorme camp. Des juifs, des Sintis et Roms, des Témoins de Jéhowah, des homosexuels, des prisonnières politiques et NN y sont morts épuisés par le travail, la faim, les sévices, et torturés par représailles et/ou par des expériences médicales criminelles.

En 1941 l’adjonction d’un camp pour hommes et des ateliers industriels installés par SIEMENS &HALSKE.
En juin 1942 un camp appelé « protection pour jeunes » en réalité internement, est construit à UCKERMARK, à côté du camp principal.
Fin 1944 une chambre à gaz est installée près des fours crématoires, où sont assassinés de janvier à avril 1945 entre 5000 et 6000 détenus.

Ici comme dans les autres camps de concentration, l’idéologie nazie et sa perversité fondamentale est mise en place.

1. Détruire l’humanité en chaque prisonnier, car il est considéré comme sous-homme et ennemi à détruire dès le moment où il n’adhère pas à la société nazie. Tous les sévices et toutes les humiliations sont la règle normale.

2. Cette perte d’humanité est aussi à l’œuvre dans l’organisation du système nazi, pour ceux qui dirigent et ceux qui appliquent (séparation des tâches, obéissance et conformisme, surveillance, terreur, partage du butin…)
3. A partir de 1941, quand Hitler attaque la Russie, l’effort de guerre en hommes, matériel, industrie et finances va donner lieu à l’instauration du plus gigantesque esclavage humain. Des industries, des entreprises, des banques et le système nazi s’enrichissent sur le travail forcé et la spoliation des biens des pays occupés.
C’est l’extermination par le travail – les humains internés sont des numéros et des « stück » au service de la guerre.

4. A partir de 1941 c’est aussi la persécution et l’anéantissement de grande ampleur – dans le programme d’extermination des juifs et des minorités désignées comme « nuisibles ».Les Tsiganes, Roms, personnes handicapées , homoxesuels subissent le même sort. La longue montée des exclusions et persécutions a commencé dès 1933 par la chasse aux « boucs émissaires ». Les camps d’extermination sont ouverts, majoritairement sur le territoire de la Pologne et les massacres par les Einsatzgruppen ont lieu sur les territoires conquis de l’Est européen.

En reprenant certains extraits du discours de Jean-Michel ROTH à Ravensbrück pour l’AFMD 67 et 68, je veux insister :

« En tant que membres des AMIS DE LA FONDATION POUR LA MEMOIRE DE LA DEPORTATION nous sommes venus d’ALSACE rendre un hommage à toutes les personnes déportées au camp de RAVENSBRUCK et de ses Kommandos.
Dès le début et jusqu’à la fin de l’existence de ce camp, tout a été prévu et tout a été fait sans défaillance pour anéantir la personnalité des détenus, pour briser leur volonté, pour les abaisser, les humilier, les terroriser, les abêtir, en un mot : les déshumaniser.
Ici, la MEMOIRE est marquée ainsi que les corps par les souffrances subies, et nul ne peut IGNORER et ENCORE MOINS FUIR LA VERITE.
Mesdames les Déportées, avec votre vécu concentrationnaire, vous êtes porteuses des valeurs de DIGNITE, de COURAGE et vous êtes des EXEMPLES pour nous et les générations qui nous suivent. Vous prouvez que dans toute circonstance la personne humaine est face à un choix et à un projet de vie. Vous avez fait le choix de la survie pour témoigner et pour nous transmettre la volonté de rester debout, face aux barbaries de toute nature.

J’appartiens à une génération née l’année de la Libération.
Elle a le DEVOIR de comprendre et le DEVOIR de TRANSMETTRE, car comme disait l’une de vos compagne de déportation « laisser l’oubli s’installer, c’est trahir la volonté de ceux qui ont lutté et résisté ».
Il est important que tout être humain, et pas seulement ceux qui sont revenus de ces camps de l’horreur, sache ce qui s’y est passé – et y réfléchisse – tant la connaissance du passé est nécessaire à la CONSTRUCTION DE L’AVENIR. »
NOTRE RESPONSABILITE D’AUJOURD’HUI c’est d’apprendre à déceler les idées, les faits et les systèmes qui annoncent la renaissance de la BARBARIE – et la barbarie peut avancer cachée et en douceur, nous le savons maintenant.
C’est aussi l’occasion de se rappeler que l’horreur se construit autour des mythes de la violence et de la toute-puissance, du fanatisme politique et religieux, et du racisme.

J’ajoute que nous devons rester vigilants aux cultes des différences, aux retraits communautaires, aux revendications identitaires et toutes les formes d’escalades de droits particuliers qui mettent en danger la LIBERTE POUR TOUS et le « VIVRE ENSEMBLE ».
Le témoignage des Déportés est pour nous la plus terrible , la plus puissante et la plus belle leçon d’humanité.

Après ce texte, que dire ?

sinon tracer continuellement une perspective d’AVENIR ?
Il nous appartient de cultiver ce qui nous rassemble, en tant qu’humains sur une unique planète ! Cette planète appartient à l’Humanité.

Nos différences culturelles, ethniques, religieuses, politiques sont une richesse à condition que nous les mettions au service d’un projet de développement humain et d’une volonté de vivre ensemble.
Qui d’entre nous ne recherche pas la Paix, le bonheur d’être et d’aimer ? de construire une vie qui a du sens et une perspective d’avenir ?

Il nous faut aussi revenir au sens des mots tels que : Liberté – Egalité – Fraternité – Solidarité ;
Ces mots et ces concepts demandent de la volonté et du courage ! leur sens est souvent galvaudé et demande à être reprécisé pour éviter les amalgames…
Ces valeurs ne sont pas données une fois pour toute – elles sont le fruit de luttes sociales qui ne sont jamais terminées et restent notre horizon pour un monde de Paix.

Aujourd’hui la marchandisation généralisée des activités humaines, l’individualisme dominant et les illusions cultivées par la société de consommation, nous mettent dans l’obligation de repérer les conditions du décervelage mis en route.
Les nouvelles technologies et les médias, renforcés par le culte de l’immédiateté et de la vitesse, nous invitent à imaginer de nouvelles résistances !

L’exergue ‘Connais-toi toi-même et tu connaîtras le monde » est toujours valable : il ne peut y avoir une amélioration collective qu’à condition d’un travail de réflexion et de connaissance sur soi : prendre conscience de la portée de nos pensées, sentiments et actes et les mettre en accord avec un idéal d’harmonie, donc de Paix.
-  l’interdépendance est entre l’individuel et le collectif (et inversement)
ainsi qu’entre l’humanité et son environnement.
Ce chantier nous attend et nos anciens nous exhortent à la lucidité !
Faire advenir une conscience de citoyen du Monde est notre réalité et notre DEFI aujourd’hui !

« Soigne le passé, Vis le présent, rêve l’avenir ! »

Arlette HASSELBACH Présidente AFMD 68 Ht-Rhin Juin 2010.

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Mis à jour : dimanche 16 juin 2013